Elections professionnelles : l’important c’est de participer... et de gagner !

La participation aux élections est essentielle, d’une part pour montrer que nous sommes bien décidés à tenir notre destin en main et d’autre part pour dire haut et fort : « il est hors de question de se résoudre à soigner des malades tout en supportant les restrictions aveugles et mortifères dont le seul sens est l’accroissement des inégalités ». APH s’engage à continuer sur la voie empruntée depuis sa création pour l’amélioration du statut et des conditions de travail des Praticiens hospitaliers comme des contractuels. 
 

En quoi la répartition des voix est-elle importante ? 

Elle montrera un choix clair entre deux visions fondamentalement différentes face aux pouvoirs publics. Une vision faite d’accommodations entre gens autorisés cherchant leurs entrées au cabinet de la Ministre, ou la nôtre, portée par des élus lors des élections dans les différentes instances, à l’issue d’un choix clair. À notre sens, seule cette légitimité permettra de peser face aux décideurs pour faire bouger les lignes dans le bon sens pour l’ensemble des praticiens.
Durant le quinquennat précédent, nous avions pu observer une stratégie gouvernementale dont le seul but était de tenir sans rien faire bouger. Le nouveau gouvernement semble vouloir soustraire un maximum de moyens de la Sécurité Sociale tout en envoyant des signaux verbaux rassurants aux soignants pour espérer qu’ils ne bougent pas. Le secteur public est particulièrement maltraité !
 

Des combats remportés... 

La ténacité d’APH a permis d’obtenir quelques avancées dont la somme reste néanmoins insuffisante face à la perte due au blocage des salaires. Parmi ces avancées, la prime d’entrée dans la carrière hospitalière pour les spécialités ou les zones les plus en tension, la prime d’exercice territorial pour les praticiens exerçant sur plusieurs sites d’un GHT, la revalorisation de la prime d’exclusivité de service public après quinze ans d’exercice, la fin de la rémunération différenciée en temps de travail additionnel de nuit (moins payé que le TTA de jour!) et la création d’une troisième plage de fin de journée, même si le texte présentait des imprécisions dont nous nous méfions. Enfin, nous avons exigé et obtenu un rééquilibrage des pouvoirs entre les praticiens et les administrations, à commencer par les attributions des CME ! Il reste à les mettre en pratique au niveau local, car lorsque les PCME sont faibles face aux directeurs, les avancées législatives n’ont aucun poids !
 

... et des combats à mener

Nous sommes conscients de la difficulté de la tâche qui nous attend pour les quatre ans à venir ! Récupérer notre pouvoir d’achat et le pouvoir décisionnaire à l’hôpital sera un gros chantier. Pour rappel, en 1984, un PH au premier échelon gagnait 4,2 SMIC, aujourd’hui c’est 2,8 SMIC... 
 
L’intérim est un véritable gouffre pour l’hôpital, en le ruinant au détriment des PH qui lui sont fidèles et des patients traités comme des marchandises. Les administrations ont récupéré le pouvoir décisionnaire depuis l’apparition de la tarification à l’activité. Les hôpitaux ont été transformés en machines à cash déficitaires, les usagers sont brutalisés et les soignants en grande souffrance. Nous dénoncerons inlassablement ce fiasco, d’autant plus qu’APH a des propositions précises. Leur but ? Un rééquilibrage de la gouvernance, via la CME et une représentation syndicale locale dans chaque GHT pour faire appliquer les textes favorables aux praticiens hospitaliers et réclamer un meilleur financement de l’Hôpital public.
Seule une représentation syndicale forte, décomplexée et aux idées très claires pour défendre les services publics pourra obtenir que les PH, l’Hôpital et la Santé en général retrouvent l’attention qu’ils méritent, comme l’indiquent avec une grande constance toutes les enquêtes d’opinion. 
 
Vous avez pu compter sur nous, nous comptons sur vous pour voter massivement !
 

L’info en plus

Les élections professionnelles auront lieu au premier semestre 2019. 
Les PH, les HU, et – c’est nouveau – les contractuels (PA, PHC, CCA), vont élire leurs représentants à la Commission Nationale Statutaire (CSN) au Conseil de Discipline (CD) et -enfin !- au Conseil Supérieur des Professions Médciales (CSPM). 
Lors de ces élections, Avenir Hospitalier (AH) sera allié à la Confédération des Praticiens Hospitaliers (CPH) au sein d’une grande intersyndicale : Action Praticiens Hôpital (APH). 
Ce regroupement se fait au nom de la clarté, puisque les deux intersyndicales partagent l’ensemble de leurs positions sur tous les sujets syndicaux et, au nom de l’efficacité, pour proposer un rassemblement suffisamment fort pour être attractif et continuer la clarification du paysage syndical.
Les premiers à nous rejoindre pour les élections sont les Jeunes Médecins, syndicat fondé à partir de l’INSCCA, du SNJAR et du SJBM, trois syndicats de jeunes médecins qui partagent globalement les valeurs défendues par APH. 
Le vote sera électronique, selon des modalités qui restent à préciser, nous vous en dirons plus dès que le CNG et le Ministère auront tranché ! 
À suivre ! 
 
Renaud Péquignaud (Président d'AH)
 
 

Vous avez dit démocratie ?

C’est l’histoire d’une « petite maternité » dont le sort a été déterminé par un humoriste et une instance footbalistique. C’est l’histoire d’une incohérence sanitaire, d’un défaut de démocratie à l’heure des remises en questions et des réformes mais pourtant et malgré tout, la démocratie sanitaire a un sens et doit être défendue. 
 

L’exemple Breton 

Ce qui s’est passé en Bretagne est une atteinte inquiétante, grave et caricaturale à la démocratie sanitaire. 
Après instruction très objective de la situation de la périnatalité dans le secteur 7 de Bretagne et audition en CSOS (Commission Spécialisée de l’Organisation des Soins), des directeurs et présidents de CME des centres hospitaliers concernés au sein d’un même GHT (St-Brieuc, Guingamp), il a été voté le 17 mai à l’unanimité moins 3 abstentions le non renouvellement du plateau technique d’accouchement de la maternité de Guingamp. 
Cet avis a été pris de façon responsable et avec gravité au regard de l’équilibre nécessaire de sécurité/proximité en périnatalité, ainsi que de l’inacceptable recours massifs à l’intérim médical.
Le Directeur général de l’ARS de Bretagne a suivi ce vote et signifié en juin la décision de ne plus autoriser les accouchements à l’hôpital de Guingamp à compter de février 2019 .Cette décision - conformément au solide dossier présenté - était assortie de toutes les précautions de maintien d’une offre de proximité (suivi en consultation gynécologique et obstétrical, échographies, accès à l’IVG, et aussi développement de chirurgie ambulatoire préservant ainsi les emplois).
 

Petites maternités et célébrités 

Comme systématiquement dans ces situations de fermeture de « petite maternité », la presse  a très favorablement relayé la levée de bouclier des politiques, au détriment des arguments de soins et de sécurité, très clairs dans le fond du dossier. Argument de poids : Jean-Marie Bigard s’est exprimé contre cette fermeture, proposant d’organiser un spectacle de soutien. 
Plus grave, car la santé des femmes est en jeu, le président de la Fédération Française de Football et ancien maire de Guingamp, Mr Le Graët a remercié « le président Macron, qui a tenu son engagement et donné le feu vert » - sic au maintien de la maternité - « lors de la finale de la coupe du monde en Russie ». 
Effectivement, le 19 juillet (4 jours après le jour de gloire !), suite à l’intervention de l’Elysée, le maintien de la maternité a été annoncé .
La CRSA de Bretagne a interrogé - sans réponse explicite à ce jour – la ministre de la Santé sur les arguments sanitaires qui conduisent au maintien de la maternité de Guingamp. 
« Ne pas donner de réponse reviendrait à un déni de démocratie » (site ARS de de Bretagne représentant de la CRSA , et commentant de façon générale l’hypothèse d’une décision contraire à l’un de ses avis).
La conférence des présidents de CME de Bretagne a, par son communiqué du 9 juillet, jugé « indispensable d’informer la population et les élus des enjeux réels, de ne pas laisser le champ médiatique à un club de football aussi prestigieux soit-il, ou à un humoriste célèbre, lorsqu’il s’agit de parler sécurité des soins ». 
 

Justice et bon sens 

Cet exemple précis et caricatural souligne deux problèmes de fond : 
  • D’une part celui d’une presse qui souvent privilégie la polémique à l’étude réelle du fond du dossier, contenant pourtant tous les éléments nécessaires à l’appréciation de la qualité, sécurité des soins et des organisations. 
    Chaque cas est particulier. Il est hors de question de stigmatiser des équipes de soins dévouées, à l’inverse, il est invraisemblable de défendre systématiquement les « petites maternités » sans tenir compte des évolutions sociologiques, démographiques, mais aussi d’aménagements du territoire faisant évoluer les temps d’accès. 

  • Le second élément est celui de la responsabilité politique : lorsqu’on rêve de démocratie sanitaire, on rêve précisément d’une instruction juste, large, entendant tous les points de vue, prenant en compte toutes les évolutions, d’un vote responsable des commissions sanitaires, puis d’un avis politique plus que légitime, mais qui ne saurait rester absolument opaque. 

 

Vigilance , toujours ! 

Les praticiens hospitaliers via leurs intersyndicales sont représentés en CRSA. Notre rôle en veillant sur la démocratie sanitaire, est aussi de dénoncer les pseudo-services rendus à la population – aux électeurs – conduisant à s’opposer à toutes restructurations, y compris quant à l’évidence, la sécurité des soins est en jeu. Il est coupable, comme cela s’est déjà produit, de ne prendre les décisions qu’après la survenue d’accidents prévisibles.
À terme, il est coupable et illusoire de dépenser en intérim des sommes folles, tout en déplorant le manque de moyens, dans les EHPAD en particulier.
À l’heure où une nouvelle politique de santé est définie, où la ministre de la Santé confirme le maintien des hôpitaux de proximité tout comme la nécessité de restructurations d’activités redondantes au sein des GHT, il est important de dire si la démocratie sanitaire a un sens, ou si elle n’est qu’un alibi enfermé à double tour dans des salles de réunion où les élus – dont vos représentants syndicaux – perdent leur temps.
La réponse est attendue par tous avec beaucoup d’attention : la santé des femmes et des enfants est en jeu, pas un jeu. 
Footue politique ! 
 
Pascale Le Pors (Vice-Présidente d'AH)
 

Études médicales : vers un retour du népotisme ?

 
 
Les annonces faites à l'occasion du plan « Ma Santé 2022 » prévoient un bouleversement des études médicales, tant pour l'entrée dans le cursus de formation que pour le choix des spécialités. Quelles sont les failles de la PACES et des ECN ? Par quoi les remplacer ? Qu'attendre ou craindre d'autres modalités pédagogiques ou docimologiques ?
 

Le discours et la méthode 

La Première Année Commune aux Études de Santé (PACES) et son fameux numerus clausus font trembler d'effroi les étudiants et leurs parents. Ce concours très sélectif est parfois comparé à un « hachoir pédagogique ». Bien des fantasmes y sont projetés et il a été le sujet direct ou indirect, de plusieurs films : « Fatima » (de Philippe Faucon, César du meilleur film en 2015) et le tout récent « Première Année » (de Thomas Lilti). La « suppression du numerus clausus » est appelée de toute part avec ferveur comme si le terme lui-même contenait le pouvoir occulte et l'effroi des messes en latin ! Environ 60 000 étudiants s'inscrivent chaque année en PACES. En fin d'année, environ 8 500 étudiants sont admis en médecine (13 %), 4 000 en pharmacie, 1 500 en maïeutique et 800 en odontologie. Quelques facultés proposent des orientations vers des études de kinésithérapie ou d'ergothérapie à l'issue de la PACES. Néanmoins, les trois-quarts de ces étudiants n'obtiennent pas de place dans les filières santé et sont « recalés » même s'ils ont des notes au-dessus de la moyenne. Les facultés mettent en place de nombreuses équivalences vers des filières universitaires (licences de biologie voire un retour en classes préparatoires) pour « limiter la casse » et trouver des orientations à ces milliers d'étudiants, très souvent brillants, n'ayant pas pu intégrer une filière santé.
Le Gouvernement annonce une suppression de cette sélection abrupte en première année, envisageant un étalement et une diversification de la sélection jusqu'en licence (3ème année d'université) avec des modalités plurielles d'intégration par exemple via des cursus de sciences humaines. Don’t act. Reste à expliciter la méthode et les moyens ! 
 

Sélection inévitable ! 

Que les futurs bacheliers et leurs inconditionnels soutiens parentaux ne se bercent pas trop d'illusions. Même en desserrant un peu les cordons de l'entrée en médecine, la sélection se fera. Nos 8 500 carabins sont déjà deux fois plus nombreux qu'il y a vingt ans sur les bancs de la fac. La population Française, même si elle a un peu vieilli, n'a pas doublé entre-temps. Combien de médecins la société peut-elle « s'offrir » ? Quelque-soit la réponse il y aura forcément un couperet. Le métier de médecin attire, par son statut social et par la garantie d'un train de vie encore confortable. Prêter le serment d'Hippocrate consacre le médecin dans sa fonction « sacrée ». Cette confiance de la société envers le dépositaire du savoir médical ne doit pas être galvaudée. À moins de paupériser gravement les carrières médicales (comme ça a pu être le cas pour les enseignants ou certaines filières d'ingénieurs) il y aura toujours du monde au portillon. Cette sélection doit-elle rester anonyme, républicaine et un peu âpre ou bien doit-elle se diluer dans les méandres de diverses formations universitaires ? Comment seront établis les quotas des différentes filières ? Quelles seront les stratégies d'orientations des futurs candidats ? Comment garantir à chacun des chances égales d'accès à cette formation d'excellence que reste la formation médicale ? Une sélection « au fil de l'eau », sur plusieurs années de fac, risque de favoriser les classes les plus aisées. La reproduction des élites (via la captation de l'information) prendra-t-elle le pas sur le bachotage méritocratique républicain ? 
 

Et l’internat ? 

Le plan « Ma Santé 2022 » promet aussi de revoir, en fin d'étude, les modalités de ventilation des futurs médecins entre les différentes spécialités et annonce la suppression de l'Examen Classant National (ECN).
Aujourd'hui l'ECN permet, en fonction de leur choix et de leurs résultats, une répartition nationale de l'ensemble des 8500 étudiants par ville et par spécialité. La filiarisation complète par spécialité permet de contrôler les flux de formation en fonction des besoins de santé. Avant 2017 cette filiarisation était incomplète. Les internes choisissaient l'une des onze filières plus ou moins spécialisées au sein desquelles ils naviguaient parmi la cinquantaine de DES proposés en fonction de leurs aspirations et des maquettes de stage possibles selon leur classement. La mobilité nationale issue de l'ECN a aussi rebattu les cartes de l'endogamie médicale et favorisé la circulation des savoirs. L'ECN, serait remplacé par une évaluation tenant mieux compte des aptitudes et des compétences cliniques et relationnelles des étudiants ainsi que de leur projet professionnel.
Le programme des études de médecine assure aujourd’hui une formation de qualité dans toutes les spécialités, permettant d'acquérir un large champ de connaissances et de culture médicale. On peut craindre, en fléchant dès le 2ème cycle la formation sur une spécialité particulière, d'alléger tellement les programmes que la qualité de l’enseignement en pâtisse et que l'on ne forme in fine que des « sous-médecins ».
 

Craintes et évolution 

Ces craintes ne sont en rien liées à une nostalgie passéiste. La pédagogie évolue. Le cours magistral délivré devant un amphi déserté cède le pas sur des techniques de pédagogie active. Les enseignements sont de plus en plus souvent démultipliés en ateliers d'apprentissage par problèmes et le rôle du prof évolue. De la diffusion d'un savoir descendant, il devient un tuteur qui facilite et guide les apprentissages. Les UFR de médecine tendent à coller l'enseignement aux terrains de stage plutôt qu'aux années du second cycle (enseignements intégrés par pôles de stages). Il est de plus en plus fait appel aux techniques de simulation : acteurs, mannequins, jeux vidéos … La docimologie (modalités d'évaluations en pédagogie) évolue aussi. L'outil informatique n'est pas qu'une machine à corriger rapidement des QCM. L'ordinateur permet de proposer à l'étudiant des scénarii évolutifs avec de l'iconographie, de la vidéo. Les questions posées dans un dossier progressif obligent l'étudiant à faire des choix diagnostiques ou thérapeutiques, sans retour en arrière (comme dans la vraie vie !) puis de remettre l'étudiant sur la bonne piste quelques questions plus loin (sans qu'il puisse effacer la bourde faite à la question précédente). Tout ceci était impossible avant l'outil informatique. 
 

Le retour du mandarinat ? 

La mise en place des ECN informatisées (ECNi), ne date que de 2016. Ce passage aux ECNi a nécessité un gros investissement pédagogique (matériel et humain) dans l’ensemble des UFR de médecine. Certes le système est loin d'être parfait, notamment les conditions d'accueil des étudiants en stage. Néanmoins, cette interruption prématurée des ECNi sans réelle évaluation du dispositif interroge sur les raisons profondes de cette volonté de réforme. En dehors d'une vision nationale, on se demande quel pourrait être le cadre d’un dispositif au sein duquel les postes proposés pour le 3e cycle seront définis en lien direct avec les besoins du système de santé et les capacités de formation tel qu'énoncés dans le plan « Ma santé 2022 ». Reviendrait-on à des classements par régions comme il y a 15 ans ? Il a fallu des années pour que l’oral soit supprimé du concours de l’internat (1968) et qu’il n’y ait qu’une seule modalité d’accès aux différentes spécialités (suppression des CES en 1984, suppression des DESC en 2017). Cette suppression des ECN sonne comme un retour du mandarinat. Le risque est grand que les étudiants soient à nouveau soumis à des appréciations partiales ; que le népotisme favorise les copinages et certains étudiants « fils et filles de … », au détriment d'étudiants issus de milieux défavorisés ou simplement « non médicaux » voire « non hospitalo-universitaires ». 
 

Un progrès flou 

Au final les réformes pédagogiques annoncées, associées notamment à la suppression du concours de PH, ne donnent pas une vision d'ensemble apaisée et bienveillante contrairement à ce qu'elles voudraient laisser croire. Il en ressort une impression de flou exempt d'un projet clair au-delà du détricotage, énoncé comme un progrès en tant que tel, de la structure républicaine des cursus médicaux.
Raphaël Briot (Trésorier d'AH)
 
 

La revue de presse de la rédac’ - Réforme des études médicales : que va devenir l’internat ?

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et sa collègue Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, ont dévoilé en juillet dernier la réforme du troisième cycle des études de médecine, à l'occasion de l'ouverture des Journées d'été de l'ANEMF. Au programme : examen national en fin de 5ème année, 6ème année consacrée au stage professionnalisant, évaluation des compétences cliniques, note minimale de 10/20 pour l’internat ... La rédaction vous propose de découvrir ce qui s’est dit, écrit, twitté sur le sujet
 

La petite révolution 

La réforme a été actée le 5 juillet 2018, sur Twitter notamment : 
« Au Congrès de l'@ANEMF avec @VidalFrederique. Les #ECN , trop discriminantes et inadaptées, seront remplacées par une évaluation plus centrée sur la pratique, les parcours des étudiants et la validation des acquis fondamentaux. #ECN » Retrouvez le tweet d’Agnès Buzyn ci-dessous :
 
 
 
La disparition du QCM évoquée par Madame Vidal, a été applaudie par l’ANEMF et la Corporation Nantaise des étudiants en Médecine : 
« Mme @VidalFrederique : « Quelle pertinence y a t-il à sélectionner des étudiants sur leur capacité d’apprentissage par cœur et à cocher des QCM » La #PACES comme les #ECN sont responsables d’une perte de sens dans les études de médecine. #JEA2018 #BE2018 » Retrouvez le tweet de la Corporation Nantaise des étudiants en médecine ici : 
 
« Désormais, un examen centré sur les acquis sera organisé en fin de 5ème année. Le classement des étudiants tiendra compte des connaissances et des compétences, ainsi que du parcours, et les éléments pourront être pondérés différemment pour les différentes spécialités », a annoncé le Ministère. 
 

Enthousiastes... ou pas ? 

Les syndicats « étudiants » : ANEMF, ISNI, ISNAR etc étaient et sont toujours très enthousiastes quant à cette réforme, ils ont relayé l’information sur les réseaux sociaux et sur leurs sites respectifs. Mais c’est surtout l’ANEMF qui a été partenaire de cette réforme.
Pourtant, et les commentaires sur les différents réseaux sociaux (Twitter, Facebook) en témoignent, de nombreux étudiants sont inquiets voire réfractaires à cette réforme « très positive » sur le papier, pour reprendre l’un d’entre eux : « Sur le papier c'est très beau, une belle avancée. Cette 6ème année professionnalisante est une très bonne chose pour les futurs internes. Maintenant ça soulève pas mal de questions et on a très peu de réponses.
- C'est bien beau de dire : on stoppe les ECN et on met un examen théorique en 5eme année qu'on va appeler ECN 2.0 ? Le programme sera t'il le même ce qui équivaut à apprendre plus de 10000 pages en seulement deux ans sans période de révisions ?
- Comment prendre en compte le parcours de chaque étudiant alors que dans beaucoup de facs le choix des stages dépend d'un tirage au sort, du classement théorique ou d'une entente entre groupe d'étudiants ?
- Comment évaluer le relationnel d'un étudiant ? Le relationnel ça s'apprend pas dans les livres donc évaluer une vertue subjective par des examinateurs et des patients différents sur un examen unique semble un peu complexe à mettre en place non ?
- Les D4 de 2021 ne pourront donc pas redoubler leur année ?
Le projet est beau et ambitieux, maintenant il reste seulement un an pour répondre à vraiment bcp de questions sur la mise en place et surtout le respect de l'égalité et du mérite de chaque étudiant. » QUENTIN PANGOT 
 
Malgré tout, les représentants de l’ANEMF promettent de rester vigilants quant aux possibles « copinages », « pistons » et « spécialisations précoces » qui pourraient découler de cette réforme. À voir sur leur site : https://www.anemf.org/blog/2018/07/19/reforme-du-deuxieme-cycle-cest-parti/
 
 
 
Après l’annonce de la réforme, le président de l’ISNI, Jean-Baptiste Bonnet confiait au journal Le Monde : « Le scénario qu’il reste à écrire est très important et compliqué ». Pour lui, l’ensemble des tentatives pour faire évoluer cet examen s’est heurté aux inquiétudes et aux désaccords pour trouver un mode d’évaluation juste et égalitaire entre les candidats. Retrouvez l’article ici :
 
 
Quid du fiasco des ECNi 2017 ! En effet, les 8,450 candidates et candidats ont dû passer l’épreuve une seconde fois, celle-ci ayant dû être annulée puisqu’elle s’apparentait étrangement à celle de l’année précédente. Les « jeunes » resteront-ils plus sur leur garde cette fois- ci ? 
 
« C’est un moment important dans la longue, belle et parfois triste histoire des études médicales en France (...) » Ainsi débutait un article très riche publié par le site Slate.fr, intitulé : « Les études de médecine vont enfin devenir efficaces » Retrouvez le lien ci dessous : 
 

Le doyen de la réforme 

 
L’une des figures phares de cette réforme est l’ancien président de la Conférence des doyens de médecine de France, et doyen de la fac de Créteil le professeur Jean-Luc Dubois-Randé. Il avait lancé en plein Congrès de l’Ordre des médecins en 2017, que les ECN étaient la pire chose qui « puisse exister ». Cliquez sur le lien ci-dessous pour découvrir son engagement et son parcours : 
 

Mieux avant ? Pas vraiment ! (D'après le témoignage d'André Grimalgi, dans le journal " What's up doc ? " datant du 3 août 2016)

En août 2016, le professeur André Grimaldi donnait une interview dans le journal What’s up doc ?, à propos des études médicales au cours de laquelle il parlait de son expérience. La rédaction a tenu à intégrer ce témoignage résumé dans ce numéro ! Bonne lecture ! 
 
« J’ai passé l’internat des hôpitaux de Paris en février 1968. C’était encore le monde des mandarins : étaient d’abord reçus les fils de mandarins, puis ceux qui avaient un patron au jury. Protester contre cela aurait signifié se faire bannir par les maîtres, mais aussi par les collègues. Au fond, c’était un véritable rite initiatique. D’où l’attachement de ceux qui l’ont passé.
 On pouvait concourir dans trois régions, et si on était collé on pouvait se présenter jusqu’à quatre fois. En 1968, pour la dernière fois, il y eut un oral : deux questions de cinq minutes précises chacune, dans un grand amphi de Necker, devant un jury de patrons qui manifestaient leur indifférence ou leur mépris.
Il s’agissait d’un numéro d’artiste, d’une gymnastique de communication qui fait que la plupart des internes des hôpitaux étaient alors habitués à s’exprimer de façon synthétique et claire, à gérer le stress… Mais cela n’avait rien à voir avec l’esprit critique, la compétence, la relation au malade ou le raisonnement médical. On était transformés en singes savants. Chaque région, avec ses propres mandarins locaux, faisait en sorte que ses questions favorisent les gens du cru. Mais surtout, dès qu’on était externe, on était dans une école. Il fallait laisser une bonne image de soi. Ainsi, vos patrons, voyant la liste des membres de votre jury, pouvaient dire « je connais untel et untel, je lui envoie un mot ». Cela se jouait au nombre de mots de soutien que vous aviez.
 
Aujourd’hui, les jeunes médecins ne se rendent pas compte, mais on était à l’armée. On ne pouvait pas parler à un chef de clinique quand on était externe. Je me rappelle d’un chef de clinique de chirurgie qui m’avait dit : « Désormais, Monsieur l’externe, quand vous voudrez m’adresser la parole, vous passerez par l’intermédiaire de votre interne. » Le gars avait 32 ans. Il faut savoir qu’avant 1968, un mandarin de Cochin avait envoyé un chef de clinique au piquet… et le chef de clinique y était allé ! À l’époque, on ne choisissait sa spécialité qu’en dernière année d’internat. Aujourd’hui, je constate que certains internes de diabétologie ne sont pas spécialistes du diabète, mais de la glycémie. S’il y a une microalbuminurie, ils appellent le néphrologue. Notre culture médicale était plus large mais aussi moins profonde. Nous étions tous plus ou moins internistes. »
 
 
 
Saveria Sargentini (Journaliste)

Médiation : un décret d’ici la fin de l’année ? L’interview d’Edouard Couty

Nommé en janvier 2017 par l’ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, et confirmé à son poste par Agnès Buzyn, M. Couty a pour mission « la mise en place de conciliations locales et de médiations au niveau régional et national ». Nous l’avons rencontré au ministère de la Santé afin d’en savoir plus sur ces mesures « médiatrices » bientôt concrétisées par un décret. 
 
Avenir Hospitalier : Connaissez vous la date de sortie de ce fameux décret ? et qu’en est-il du positionnement avec les médiations intra-hospitalières existantes ?
Edouard Couty : Je ne connais pas la date exacte mais la publication de ce décret sera pour la fin d’année ou tout début 2019. S’agissant du positionnement de la médiation, il faut faire une distinction importante entre la conciliation et la médiation. En interne dans les établissements et pour les médecins au travers des CRP, on cherche à  régler les difficultés par de la conciliation. Le conciliateur écoute les personnes concernées, peut donner des conseils en essayant de trouver des solutions aux problèmes posés par les deux parties et les accompagner par la suite. Il s’efforce de résoudre des difficultés. Le médiateur au niveau régional ou national est indépendant et neutre, il garantit aux parties la confidentialité sur le contenu de leurs échanges. 
 
Avenir Hospitalier : Justement, comment fonctionne ce nouveau système de médiation ? Et quel est le rôle exact du médiateur ?
Edouard Couty : Ce décret va créer la fonction de médiation, préciser son organisation et son fonctionnement. Il faut d’abord préciser que le médiateur doit veiller à ce que les principes de la médiation soient respectés. Il ne peut pas être nommé par le directeur de l’hôpital ou de l’ARS, ce principe d’indépendance est fondamental. Le médiateur ne conseille pas les parties, il ne va pas rechercher des solutions mais créer les conditions de la discussion, il veille au principe de neutralité. De plus, le médiateur doit garantir une totale confidentialité aux deux parties. Enfin, le médiateur n’a pas à prendre parti, quelque soit le problème. Ce n’est pas un juge. Il est là pour essayer de rapprocher les gens et les faire se parler pour qu’ils trouvent eux-mêmes une solution. 
 
Avenir Hospitalier : Alors comment définir le périmètre de l’action médiatrice ? La limite entre les deux (conciliation/médiation) est assez ténue...
Edouard Couty : C’est vrai. Selon le cas traité, on peut être amené à avoir la casquette de conciliateur ou de médiateur. Lorsque tous les acteurs s’engagent dans un processus, il faut que tous sachent dans quel cadre on agit. La pratique de la médiation nécessite une formation préalable! D’ailleurs les médiateurs seront tous formés et certifiés. Il faut d’abord tenter une action locale interne aux établissements puis CRP le cas échéant et donc distinguer le niveau local et le niveau régional ou national. Nous préparons une charte de la médiation, qui abordera tous ces points ainsi que les questions d’éthique et de pratique de la médiation. 
 
 
Avenir Hospitalier : Un fonctionnement régional a partir des CRP ne serait-il pas la meilleure garantie de clarté ? N’existe-t-il pas un véritable risque de confusion entre les enquêtes IGAS via les ARS , et l’authentique médiation ?
Edouard Couty : Le défi, l’enjeu majeur c’est d’installer un service nouveau pour l’hôpital. Il y a des médiateurs dans l’armée, dans la police, l’éducation nationale, la SNCF ou Air France. L’l’hôpital public n’en bénéficie pas encore. Nous avons un effort pédagogique immense à faire pour expliquer ce que c’est et surtout ce que ça n’est pas ! La médiation, ce n’est pas l’IGAS, ce n’est pas la cour des comptes, ce n’est pas un juge d’instruction .La médiation ne se traduit pas par de l’ingérence dans la gestion de l’état.
Le but de ce service est d’apaiser les tensions au maximum et de remettre en avant les valeurs de l’hôpital public. Lorsque la conciliation locale n’aboutit pas, la médiation, si elle est acceptée par les parties concernées, tente de créer pour eux les conditions de résolution de leur conflit.  
 
Avenir Hospitalier : C’est donc tout un travail sous jacent par rapport à la souffrance au travail ? Vous comptez sur l’effet « ricochet » ? 
Edouard Couty : Tous ces différents conflits personnels ou professionnels génèrent de la souffrance pour ceux qui sont dans le conflit mais aussi pour les autres. Lorsque deux médecins sont en conflit, c’est tout le service qui souffre et tout cela retentit sur la qualité des soins. 
La médiation est un outil qui sert à régler hors contentieux, par la voie amiable, des conflits mais c’est aussi un outil pour améliorer les conditions de travail de ceux qui vivent dans un climat conflictuel.
 
Avenir Hospitalier : Y a-t il un plan de communication pour tous les potentiels « bénéficiaires » afin de les informer de la possibilité de demander une médiation ? 
Edouard Couty : Lorsque le décret sera publié, un plan de communication sera effectivement mis en place. J’ai l’intention et j’espère que j’arriverai à la concrétiser, une fois que les médiateurs seront nommés, de faire le tour des régions pour rencontrer les syndicats, les CME, les établissements, les ARS pour leur expliquer de quoi il s’agit et surtout ce que ce n’est pas. C’est une démarche pédagogique pour essayer de lever les inquiétudes, les interrogations ou les ambiguïtés.
 
Saveria Sargentini (Journaliste)
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

----------------------------------------------------------------

Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

Retrouvez toute l'information dans le communiqué de presse (cliquez ici)

www.cfar.org/didoc/ 

 

----------------------------------------------------------------

 
 

  

    La revue AH 11 est en ligne

       Pour lire le sommaire et les articles cliquez ici

Pour télécharger la revue, cliquez ici

----------------------------------------------------------------

     Les annonces de recrutement 
Octobre 2018

      retrouver ces annonces sur le site reseauprosante.fr

 

Les dernières actus

La souffrance au travail

La souffrance au travail, un phénomène social qui n'épargne pas la Justice

 
Dans son article paru dans la revue de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), Pascale Loue-Willaume, chargée de mission, aborde la souffrance au travail dans un contexte général. Puis elle se focailise sur la justice, « Pour nous magistrats, on peut même parler de double paradoxe. Comment concilier notre serment, l’engagement professionnel que nous devons avoir d’impartialité, de loyauté avec des objectifs chiffrés qui ne tiennent généralement aucun compte des moyens et au détriment souvent de la qualité de la motivation de nos décisions »… 

« Et que dire des situations que nous rencontrons dans nos unions régionales : des collègues épuisés, qui ne parviennent plus à prendre leurs congés, qui renoncent à leurs formations obligatoires en raison d’un emploi du temps professionnel qui ne leur laisse aucune marge de manoeuvre quand on ne leur demande pas d’assurer eux-mêmes leur remplacement.»« Comment admettre que nous soyons témoins, voire parfois même victimes, de ce que nous sommes statutairement en charge de poursuivre ou de sanctionner ? »
 
Lire la suite...