Vous avez dit démocratie ?

C’est l’histoire d’une « petite maternité » dont le sort a été déterminé par un humoriste et une instance footbalistique. C’est l’histoire d’une incohérence sanitaire, d’un défaut de démocratie à l’heure des remises en questions et des réformes mais pourtant et malgré tout, la démocratie sanitaire a un sens et doit être défendue. 
 

L’exemple Breton 

Ce qui s’est passé en Bretagne est une atteinte inquiétante, grave et caricaturale à la démocratie sanitaire. 
Après instruction très objective de la situation de la périnatalité dans le secteur 7 de Bretagne et audition en CSOS (Commission Spécialisée de l’Organisation des Soins), des directeurs et présidents de CME des centres hospitaliers concernés au sein d’un même GHT (St-Brieuc, Guingamp), il a été voté le 17 mai à l’unanimité moins 3 abstentions le non renouvellement du plateau technique d’accouchement de la maternité de Guingamp. 
Cet avis a été pris de façon responsable et avec gravité au regard de l’équilibre nécessaire de sécurité/proximité en périnatalité, ainsi que de l’inacceptable recours massifs à l’intérim médical.
Le Directeur général de l’ARS de Bretagne a suivi ce vote et signifié en juin la décision de ne plus autoriser les accouchements à l’hôpital de Guingamp à compter de février 2019 .Cette décision - conformément au solide dossier présenté - était assortie de toutes les précautions de maintien d’une offre de proximité (suivi en consultation gynécologique et obstétrical, échographies, accès à l’IVG, et aussi développement de chirurgie ambulatoire préservant ainsi les emplois).
 

Petites maternités et célébrités 

Comme systématiquement dans ces situations de fermeture de « petite maternité », la presse  a très favorablement relayé la levée de bouclier des politiques, au détriment des arguments de soins et de sécurité, très clairs dans le fond du dossier. Argument de poids : Jean-Marie Bigard s’est exprimé contre cette fermeture, proposant d’organiser un spectacle de soutien. 
Plus grave, car la santé des femmes est en jeu, le président de la Fédération Française de Football et ancien maire de Guingamp, Mr Le Graët a remercié « le président Macron, qui a tenu son engagement et donné le feu vert » - sic au maintien de la maternité - « lors de la finale de la coupe du monde en Russie ». 
Effectivement, le 19 juillet (4 jours après le jour de gloire !), suite à l’intervention de l’Elysée, le maintien de la maternité a été annoncé .
La CRSA de Bretagne a interrogé - sans réponse explicite à ce jour – la ministre de la Santé sur les arguments sanitaires qui conduisent au maintien de la maternité de Guingamp. 
« Ne pas donner de réponse reviendrait à un déni de démocratie » (site ARS de de Bretagne représentant de la CRSA , et commentant de façon générale l’hypothèse d’une décision contraire à l’un de ses avis).
La conférence des présidents de CME de Bretagne a, par son communiqué du 9 juillet, jugé « indispensable d’informer la population et les élus des enjeux réels, de ne pas laisser le champ médiatique à un club de football aussi prestigieux soit-il, ou à un humoriste célèbre, lorsqu’il s’agit de parler sécurité des soins ». 
 

Justice et bon sens 

Cet exemple précis et caricatural souligne deux problèmes de fond : 
  • D’une part celui d’une presse qui souvent privilégie la polémique à l’étude réelle du fond du dossier, contenant pourtant tous les éléments nécessaires à l’appréciation de la qualité, sécurité des soins et des organisations. 
    Chaque cas est particulier. Il est hors de question de stigmatiser des équipes de soins dévouées, à l’inverse, il est invraisemblable de défendre systématiquement les « petites maternités » sans tenir compte des évolutions sociologiques, démographiques, mais aussi d’aménagements du territoire faisant évoluer les temps d’accès. 

  • Le second élément est celui de la responsabilité politique : lorsqu’on rêve de démocratie sanitaire, on rêve précisément d’une instruction juste, large, entendant tous les points de vue, prenant en compte toutes les évolutions, d’un vote responsable des commissions sanitaires, puis d’un avis politique plus que légitime, mais qui ne saurait rester absolument opaque. 

 

Vigilance , toujours ! 

Les praticiens hospitaliers via leurs intersyndicales sont représentés en CRSA. Notre rôle en veillant sur la démocratie sanitaire, est aussi de dénoncer les pseudo-services rendus à la population – aux électeurs – conduisant à s’opposer à toutes restructurations, y compris quant à l’évidence, la sécurité des soins est en jeu. Il est coupable, comme cela s’est déjà produit, de ne prendre les décisions qu’après la survenue d’accidents prévisibles.
À terme, il est coupable et illusoire de dépenser en intérim des sommes folles, tout en déplorant le manque de moyens, dans les EHPAD en particulier.
À l’heure où une nouvelle politique de santé est définie, où la ministre de la Santé confirme le maintien des hôpitaux de proximité tout comme la nécessité de restructurations d’activités redondantes au sein des GHT, il est important de dire si la démocratie sanitaire a un sens, ou si elle n’est qu’un alibi enfermé à double tour dans des salles de réunion où les élus – dont vos représentants syndicaux – perdent leur temps.
La réponse est attendue par tous avec beaucoup d’attention : la santé des femmes et des enfants est en jeu, pas un jeu. 
Footue politique ! 
 
Pascale Le Pors (Vice-Présidente d'AH)
 
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Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

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     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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