« Certains directeurs veulent nous faire taire »

Philippe Halimi est le président de l’Association Nationale Jean-Louis Mégnien. Cette structure a été créée suite au suicide de celui-ci, dans le but de lutter contre le harcèlement et la maltraitance à l’hôpital. Qu’en est-il deux ans après le suicide de ce médecin sur son lieu de travail ? Comment fonctionne cette structure ? Avenir Hospitalier a tenu à s’entretenir avec Philippe Halimi afin de dresser un « bilan » de l’association.
 
 
Avenir Hospitalier : Deux ans après le suicide de Jean-Louis Mégnien et la création de l’association qui porte son nom, quel bilan dressez-vous ?
 
Pr Philippe Halimi : Malheureusement, la situation est assez sombre, puisque depuis que l’association a été créée, de nombreux personnels hospitaliers font appel à nous pour sortir de la situation dans laquelle ils sont, donc ça ne se limite plus aux seuls médecins. Comment l’expliquer ? Il y a des langues qui se délient et on n’hésite plus à signaler qu’on est en difficulté pour des raisons de maltraitance ou de harcèlement. Le management brutal et violent continue à sévir dans la fonction publique hospitalière. Nous sommes inquiets car nous avons publié et mettons régulièrement à jour sur notre site, la carte des signalements de maltraitance et de harcèlement moral. Cette carte démontre l’étendue du phénomène puisque ça concerne toutes les régions. Nous sommes à plus de 400 signalements et ça augmente constamment. Nous savons aussi que c’est l’arbre qui cache la forêt, car pour une personne qui nous signale qu’elle est soumise à des actes de maltraitance, elle nous dit aussi que d’autres personnes sont touchées mais n’osent pas se manifester par peur de représailles, donc ça se compte plus par milliers que par centaines.
 
Avenir Hospitalier : Parlez nous de cette cartographie qui recense les cas de harcèlement, comment est-elle reçue « en haut » ? 
 
Pr Philippe Halimi : Pas très bien, évidemment. Nous avons été attaqué à plusieurs reprises par l’association des directeurs d’hôpitaux, par la FHF. Nous, nous précisons bien que ce sont des signalements et pas des preuves absolues. Lorsqu’on nous signale un cas, nous faisons notre travail, on ne coche pas la case ! On demande des informations précises, des témoignages, des écrits. Nous prenons souvent la peine de rencontrer ces gens. J’y consacre beaucoup de temps avec d’autres membres du bureau et nous avons un suivi régulier de tous ces dossiers. D’ailleurs, de nombreux cas ont fait l’objet de procédures judiciaires soit au tribunal administratif ou au pénal. Je vais prendre un exemple pour illustrer le fait que ces cartes embêtent les institutionnels : nous avons été attaqués en diffamation par un hôpital psychiatrique à Ronfac près de Colmar, et l’établissement a été débouté ce qui montre bien qu’il y a de la part de certains directeurs, la volonté de nous faire taire. 
 
Avenir Hospitalier : Comment procédez-vous lorsqu’un médecin ou un personnel soignant vous contacte ? 
 
Pr Philippe Halimi : Nous demandons à la personne de nous envoyer un document, un guide disponible sur la homepage du site de l’association, où il faut cocher un certain nombre d’items qui permettent d’avoir des données personnelles et administratives sur leur ancienneté, les conditions qui les ont amenés à considérer qu’ils étaient victimes de maltraitance ou de harcèlement. Nous demandons des précisions sur les manifestations de ce harcèlement et quelles sont les actions qu’ils ont entreprises ou pas : signalement auprès de la direction, de la médecine du travail, du CHSCT, ont–il demandé la protection fonctionnelle ? Tout cela nous permet d’avoir une vision relativement précise de la situation. Par la suite, il va y avoir un échange direct lors d’une rencontre sinon via internet et puis la plupart du temps, ces personnes demandent de l’aide, évidemment, donc nous envisageons les meilleurs conseils à leur apporter.
 
Avenir Hospitalier : Qu’en est-il de la médiation à laquelle les médecins peuvent avoir recours ? Êtes-vous en relation aves Edouard Couty pour lutter contre la maltraitance et le harcèlement ?
 
Pr Philippe Halimi : La médiation a été mise en place à la demande de la Ministre précédente. Edouard Couty a été nommé médiateur national et à ce jour, il travaille dans des conditions très difficiles car il n’a pas les moyens de travailler correctement en termes de financement et de ressources humaines. La seule difficulté c’est qu’il n’y a pas que les médecins qui sont maltraités. 
 
Saveria Sargentini, Journaliste
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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