Temps continu : et si tout le monde s’y mettait ? - B. Debaene

Le point de vue du Pr Betrand Debaene, président de la CME, chef du service d’anesthésie réanimation au CHU de Poitiers.
 
Au CHU de Poitiers les urgences et l’anesthésie réanimation (blocs et réanimation compris) sont organisés en temps continu depuis 13 ans. Bertrand Debaene relate dans son interview son expérience en insistant sur la transparence apportée par le travail en temps continu.
 
Avenir Hospitalier : Quelles est l’organisation au sein de votre établissement ?

Bertrand Debaene : Nous sommes organisés en temps continu aux urgences, en anesthésie-réanimation (blocs et réanimation compris) depuis la réforme Aubry en 2003. Cela fait donc 13 ans que nous en avons l’expérience. 
 
Avenir Hospitalier : Quels sont les points positifs du temps continu ?

Bertrand Debaene : Le temps travaillé se mesure maintenant sur une unité de mesure que tout le monde comprend, ce qui est loin d’être le cas avec les demi-journées. Cela permet d’avoir un calcul précis du temps de travail, de déclencher facilement le temps de travail additionnel au-delà de 48 heures. Les équipes gèrent cela de manière efficiente depuis longtemps et s’arrangent pour contrôler le système et pour éviter au maximum les débordements au-delà de 48 heures. Dans certains services, des praticiens acceptent de travailler au-delà de 48 heures et, dans ce cas, ils signent un contrat d’engagement qui leur donne la certitude d’être rémunérés et de dégager des jour off dans la semaine.
La mise en place des tableaux de service électroniques a grandement  facilité l’adaptation des plages. Concernant les blocs, en fonction de l’effectif mis en place, certains postes sont en 11 heures, d’autres en 9 heures et ce sont les médecins qui inscrivent dans le tableau électronique ce qu’ils vont faire. Lorsque une modification est nécessaire et qu’il faut, par exemple, créer une plage de consultation supplémentaire, après validation par le chef de service, les affaires médicales modifient le tableau de service électronique en créant cette plage supplémentaire.
 
Du fait de cette expérience, je suis aujourd’hui sollicité par plusieurs des me confrères d’autres CHU. Ils sont aujourd’hui confrontés à la concurrence d’hôpitaux généraux qui sont en temps continu, et qui, de ce fait, recrutent plus facilement des praticiens hospitaliers, notamment les jeunes qui ont bien compris l’intérêt du temps continu par rapport aux temps traditionnel.
 
Le temps continu permet une transparence totale de ce qui est fait dans un service et permet un calcul simple du nombre de postes nécessaire.
 
Avenir Hospitalier : Quels sont les points négatifs du temps continu ?
 
Bertrand Debaene : C’est surtout l’administration qui voit des inconvénients au temps continu. Plusieurs directeurs y sont réfractaires car ils craignent la nécessité de création de surplus de postes médicaux à créer. Pourtant, le suivi individuel est extrêmement facilité. Les calculs sur les 48 heures lissés sur 4 mois sont faciles à faire. Il y a une transparence totale.
Lorsqu’il y a d’autres activités que le travail posté, comme c’est le cas en anesthésie-réanimation, il peut alors être nécessaire de forfaitiser ces activités non posées, c’est ce qui a été réalisé chez nous.
 
Avenir Hospitalier : Avez-vous rencontré des difficultés lors de la mise en place du temps continu ?
 
Bertrand Debaene : À l’époque, j’ai travaillé en étroite collaboration avec les affaires médicales et la déléguée du SNPHAR. Nous avons eu des réunions de service, avec un travail préparatoire, heure par heure, pour déterminer les effectifs. Nous avons présenté ce travail à la collectivité des anesthésistes-réanimateurs pour validation, puis aux affaires médicales, qui avaient bien compris l’intérêt du temps continu aussi bien en termes de transparence que de calcul des effectifs. On avait ainsi obtenu de la direction générale la création de trois postes supplémentaires.
 
Avenir Hospitalier : D’après vos propos, on peut se demander pourquoi tous les blocs et services d’anesthésie ne sont pas en temps continu ?
 
Bertrand Debaene : Beaucoup ne se sont pas intéressés aux opportunités offertes par la Loi Aubry. Ce que je peux dire c’est qu’à l’heure actuelle, la concurrence des CHG, organisés pour les plupart en temps continu, fait prendre conscience de la nécessité d’une nouvelle organisation. 
Notre Ministre actuelle, Mme Touraine, quant à elle, ne prend toujours pas en compte le système du temps continu et persiste dans le système de demi-journées.
 
Avenir Hospitalier : Avez-vous le sentiment que le décompte du travail en heures soit un des éléments attractifs pour que les jeunes restent à l’hôpital ?
 
Bertrand Debaene : Oui effectivement, pour eux le temps de travail est reconnu et est rémunéré à sa juste valeur. D’autre part, nos jeunes PH sont rémunérés au 4ème échelon + 10 %.l
 
Propos recueillis par Christiane Mura

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

----------------------------------------------------------------

Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

Retrouvez toute l'information dans le communiqué de presse (cliquez ici)

www.cfar.org/didoc/ 

 

----------------------------------------------------------------

 
 

  

       

Pour lire le sommaire et les articles cliquez ici

Pour télécharger la revue, cliquez ici

----------------------------------------------------------------

     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

      retrouver ces annonces sur le site reseauprosante.fr

 

Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

© Avenir Hospitalier - VA Solutions 2012 - Tous droits réservés