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La revue de presse de la rédac’ - Réforme des études médicales : que va devenir l’internat ?

Agnès Buzyn, ministre de la Santé, et sa collègue Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, ont dévoilé en juillet dernier la réforme du troisième cycle des études de médecine, à l'occasion de l'ouverture des Journées d'été de l'ANEMF. Au programme : examen national en fin de 5ème année, 6ème année consacrée au stage professionnalisant, évaluation des compétences cliniques, note minimale de 10/20 pour l’internat ... La rédaction vous propose de découvrir ce qui s’est dit, écrit, twitté sur le sujet
 

La petite révolution 

La réforme a été actée le 5 juillet 2018, sur Twitter notamment : 
« Au Congrès de l'@ANEMF avec @VidalFrederique. Les #ECN , trop discriminantes et inadaptées, seront remplacées par une évaluation plus centrée sur la pratique, les parcours des étudiants et la validation des acquis fondamentaux. #ECN » Retrouvez le tweet d’Agnès Buzyn ci-dessous :
https://twitter.com/agnesbuzyn/status/1014870358409793536
 
 
 
La disparition du QCM évoquée par Madame Vidal, a été applaudie par l’ANEMF et la Corporation Nantaise des étudiants en Médecine : 
« Mme @VidalFrederique : « Quelle pertinence y a t-il à sélectionner des étudiants sur leur capacité d’apprentissage par cœur et à cocher des QCM » La #PACES comme les #ECN sont responsables d’une perte de sens dans les études de médecine. #JEA2018 #BE2018 » Retrouvez le tweet de la Corporation Nantaise des étudiants en médecine ici : 
https://twitter.com/CNEMedecine/status/1014860158135042048
 
« Désormais, un examen centré sur les acquis sera organisé en fin de 5ème année. Le classement des étudiants tiendra compte des connaissances et des compétences, ainsi que du parcours, et les éléments pourront être pondérés différemment pour les différentes spécialités », a annoncé le Ministère. 
Plus d’explications sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé : https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/actualites-du-ministere/article/reforme-de-la-formation-des-professionnels-de-sante-entree-des-etudiants
 

Enthousiastes... ou pas ? 

Les syndicats « étudiants » : ANEMF, ISNI, ISNAR etc étaient et sont toujours très enthousiastes quant à cette réforme, ils ont relayé l’information sur les réseaux sociaux et sur leurs sites respectifs. Mais c’est surtout l’ANEMF qui a été partenaire de cette réforme.
Pourtant, et les commentaires sur les différents réseaux sociaux (Twitter, Facebook) en témoignent, de nombreux étudiants sont inquiets voire réfractaires à cette réforme « très positive » sur le papier, pour reprendre l’un d’entre eux : « Sur le papier c'est très beau, une belle avancée. Cette 6ème année professionnalisante est une très bonne chose pour les futurs internes. Maintenant ça soulève pas mal de questions et on a très peu de réponses.
- C'est bien beau de dire : on stoppe les ECN et on met un examen théorique en 5eme année qu'on va appeler ECN 2.0 ? Le programme sera t'il le même ce qui équivaut à apprendre plus de 10000 pages en seulement deux ans sans période de révisions ?
- Comment prendre en compte le parcours de chaque étudiant alors que dans beaucoup de facs le choix des stages dépend d'un tirage au sort, du classement théorique ou d'une entente entre groupe d'étudiants ?
- Comment évaluer le relationnel d'un étudiant ? Le relationnel ça s'apprend pas dans les livres donc évaluer une vertue subjective par des examinateurs et des patients différents sur un examen unique semble un peu complexe à mettre en place non ?
- Les D4 de 2021 ne pourront donc pas redoubler leur année ?
Le projet est beau et ambitieux, maintenant il reste seulement un an pour répondre à vraiment bcp de questions sur la mise en place et surtout le respect de l'égalité et du mérite de chaque étudiant. » QUENTIN PANGOT 
 
Malgré tout, les représentants de l’ANEMF promettent de rester vigilants quant aux possibles « copinages », « pistons » et « spécialisations précoces » qui pourraient découler de cette réforme. À voir sur leur site : https://www.anemf.org/blog/2018/07/19/reforme-du-deuxieme-cycle-cest-parti/
 
 
 
Après l’annonce de la réforme, le président de l’ISNI, Jean-Baptiste Bonnet confiait au journal Le Monde : « Le scénario qu’il reste à écrire est très important et compliqué ». Pour lui, l’ensemble des tentatives pour faire évoluer cet examen s’est heurté aux inquiétudes et aux désaccords pour trouver un mode d’évaluation juste et égalitaire entre les candidats. Retrouvez l’article ici :
https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/05/etudes-de-sante-fin-des-epreuves-classantes-nationales-pour-les-futurs-medecins_5326636_4401467.html
 
 
Quid du fiasco des ECNi 2017 ! En effet, les 8,450 candidates et candidats ont dû passer l’épreuve une seconde fois, celle-ci ayant dû être annulée puisqu’elle s’apparentait étrangement à celle de l’année précédente. Les « jeunes » resteront-ils plus sur leur garde cette fois- ci ? 
 
« C’est un moment important dans la longue, belle et parfois triste histoire des études médicales en France (...) » Ainsi débutait un article très riche publié par le site Slate.fr, intitulé : « Les études de médecine vont enfin devenir efficaces » Retrouvez le lien ci dessous : 
http://www.slate.fr/story/164420/etudes-medecine-debut-fin-absurdites-epreuves-classantes-nationales-efficacite
 

Le doyen de la réforme 

 
L’une des figures phares de cette réforme est l’ancien président de la Conférence des doyens de médecine de France, et doyen de la fac de Créteil le professeur Jean-Luc Dubois-Randé. Il avait lancé en plein Congrès de l’Ordre des médecins en 2017, que les ECN étaient la pire chose qui « puisse exister ». Cliquez sur le lien ci-dessous pour découvrir son engagement et son parcours : 
https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/11/16/etudes-de-medecine-vers-la-fin-des-epreuves-classantes-nationales_5215757_4401467.html
 

Mieux avant ? Pas vraiment ! (D'après le témoignage d'André Grimalgi, dans le journal " What's up doc ? " datant du 3 août 2016)

En août 2016, le professeur André Grimaldi donnait une interview dans le journal What’s up doc ?, à propos des études médicales au cours de laquelle il parlait de son expérience. La rédaction a tenu à intégrer ce témoignage résumé dans ce numéro ! Bonne lecture ! 
 
« J’ai passé l’internat des hôpitaux de Paris en février 1968. C’était encore le monde des mandarins : étaient d’abord reçus les fils de mandarins, puis ceux qui avaient un patron au jury. Protester contre cela aurait signifié se faire bannir par les maîtres, mais aussi par les collègues. Au fond, c’était un véritable rite initiatique. D’où l’attachement de ceux qui l’ont passé.
 On pouvait concourir dans trois régions, et si on était collé on pouvait se présenter jusqu’à quatre fois. En 1968, pour la dernière fois, il y eut un oral : deux questions de cinq minutes précises chacune, dans un grand amphi de Necker, devant un jury de patrons qui manifestaient leur indifférence ou leur mépris.
Il s’agissait d’un numéro d’artiste, d’une gymnastique de communication qui fait que la plupart des internes des hôpitaux étaient alors habitués à s’exprimer de façon synthétique et claire, à gérer le stress… Mais cela n’avait rien à voir avec l’esprit critique, la compétence, la relation au malade ou le raisonnement médical. On était transformés en singes savants. Chaque région, avec ses propres mandarins locaux, faisait en sorte que ses questions favorisent les gens du cru. Mais surtout, dès qu’on était externe, on était dans une école. Il fallait laisser une bonne image de soi. Ainsi, vos patrons, voyant la liste des membres de votre jury, pouvaient dire « je connais untel et untel, je lui envoie un mot ». Cela se jouait au nombre de mots de soutien que vous aviez.
 
Aujourd’hui, les jeunes médecins ne se rendent pas compte, mais on était à l’armée. On ne pouvait pas parler à un chef de clinique quand on était externe. Je me rappelle d’un chef de clinique de chirurgie qui m’avait dit : « Désormais, Monsieur l’externe, quand vous voudrez m’adresser la parole, vous passerez par l’intermédiaire de votre interne. » Le gars avait 32 ans. Il faut savoir qu’avant 1968, un mandarin de Cochin avait envoyé un chef de clinique au piquet… et le chef de clinique y était allé ! À l’époque, on ne choisissait sa spécialité qu’en dernière année d’internat. Aujourd’hui, je constate que certains internes de diabétologie ne sont pas spécialistes du diabète, mais de la glycémie. S’il y a une microalbuminurie, ils appellent le néphrologue. Notre culture médicale était plus large mais aussi moins profonde. Nous étions tous plus ou moins internistes. »
 
 
 
Saveria Sargentini (Journaliste)

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Retrouvez toute l'information dans le communiqué de presse (cliquez ici)

www.cfar.org/didoc/ 

 

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