A la Une

Vision d’un jeune PH sur l’hôpital

Un entretien avec Julien Lenglet, jeune PH, président de l'ISNCCA
 
Nous avons rencontré Julien Lenglet, tout nouvellement nommé praticien hospitalier  afin qu’il nous donne sa vision de l’hôpital public, en particulier son ressenti en termes de reconnaissance, de statut.
 
AH : Lorsqu’on arrive enfin au bout des 13 ou 14 années de médecine (6 ans d’étude, 5 ans d’internat et 2/3 ans de clinicat) et qu’on exerce à l’hôpital , y trouve-t-on la reconnaissance recherchée ?
 
Julien Lenglet : Non je crois que la reconnaissance recherchée et nécessaire n’est pas au rendez-vous.
En termes de ressources humaines et de traitement, on nous demande assez régulièrement d’exercer sur des statuts précaires d’entrée de jeu ce qui paraît complètement surprenant dans la mesure où 30 % de postes de PH titulaires sont vacants à l’hôpital. Cela est d’autant plus surprenant que ces postes, qui sont des postes de PHC, voire même de praticien attaché, induisent une perte de revenu très importante pour les spécialités à garde (en particulier l’anesthésie-réanimation, la chirurgie). Cette baisse atteint quasiment 2000 euros net tous les mois pour des embauches sur des statuts non titulaires.
Il existe donc un côté réellement désincitatif à l’accès à une carrière dans l’hôpital public puisque que face à lui, la médecine libérale  offre une augmentation de revenus significative.
Je pense que les jeunes médecins qui terminent leur clinicat sont prêts, pour un certain nombre d’entre eux, à rester au sein de l’hôpital public en gardant la même qualité de vie (la même que celle qu’ils avaient pendant le clinicat). En revanche, si celle-ci diminue (plusieurs milliers d’euros tous les mois), cela induit une fuite importante  de nos collègues vers des structures libérale, ce qui est à l’origine de tous les problèmes de ressources humaines que l’on connaît.
 
AH : Le 26 septembre dernier, un mouvement pour l’attractivité a mobilisé de nombreux praticiens hospitaliers. Les chefs de clinique se sont tenus à l'écart : comment l'expliquez vous ? Les chefs de clinique ne souhaitent-ils pas être eux aussi maîtres de leur temps et de leur organisation ? 
 
Julien Lenglet : Le temps de travail est un problème global à l’intérieur de l’hôpital mais je ne crois pas qu’actuellement ce soit la revendication principale des jeunes médecins. Ils ont d’abord besoin d’avoir une vie professionnelle qui corresponde à leurs projets et donc un management adapté en termes de ressources humaines.
Récemment, j’ai eu vent d’un cas très concret : on a demandé à un jeune PH en anesthésie-réanimation spécialisé en neurochirurgie de ne faire que de l’anesthésie ophtalmologique. C’est évidemment dégradant à l’égard de ses compétences et surtout ça ne lui donne pas envie de rester. 
 
Pour envisager sereinement une carrière à l’hôpital, il faut un projet médical co-construit entre le responsable de la structure et le jeune praticien avec la volonté d’avancer dans sa carrière et d’acquérir des compétences nouvelles.
 
Par ailleurs, le statut de PH tel qu’on le connaît n’est plus incitatif intrinsèquement pour avoir envie de rester à l’hôpital public. La jeune génération a l’impression qu’être PH c’est gravir les échelons salariaux année après année et avoir une carrière essentiellement linéaire. Une carrière avec peu de changements de mode d’exercice, d’attribution en termes de valence.
Les jeunes ont envie de pouvoir passer du public au privé, des fonctions cliniques aux fonctions managériales. Le statut est dépassé, le médecin de la génération Y ne s’imagine pas médecin et fonctionnaire à la fois.
 
 
AH : Si l'accès au secteur 2 n'est pas un élément décisif pour un clinicat, qu'est ce qui motive l'accès au clinicat  ?
 
Julien Lenglet : Tout d’abord, de nombreux collègues sont évidemment engagés dans une voie de clinicat pour pouvoir accéder au secteur 2. Je crois surtout que le chef de clinique qui vient de terminer son internat a envie de garder toutes les portes ouvertes pour la suite de sa carrière. Pendant son  clinicat il procrastine la décision de ce que va être sa future carrière en fonction du déroulement de sa formation, en fonction des rencontres qu’il va faire car à la fin du clinicat tout est possible. Il peut choisir de se tourner vers le libéral, il peut devenir PH etc. Je pense que le clinicat est  idéal pour ne pas prendre de décisions trop vite et c’est pour moi la motivation principale en termes de statut. Sur le plan médical l’attrait du clinicat est quant à lui essentiel. Nous considérons souvent que nous ne sommes pas totalement formés à la fin de l’internat pour accéder à des postes de décision.
 
Le clinicat c’est l’entre-deux parfait avec le soutien d’un hôpital et d’une équipe, et l’acquisition de nouvelles compétences pour devenir autonome.
 
D’autre part le clinicat est un statut  plus avantageux que l’assistanat, notamment en termes de reconnaissance publique. Un ancien chef de clinique aura une reconnaissance supérieure sur le plan médical, et, en termes de salaire, les chefs de clinique sont mieux payés, plus spécialement ceux qui font des gardes. Enfin, il sera initié à l’enseignement et à la recherche. Ces jeunes médecins veulent transmettre leurs compétences aux jeunes collègues dans le cadre de leurs fonctions universitaires  et commencer à se faire un nom en publiant, en faisant de la recherche clinique ou fondamentale. En cela, le clinicat est un statut parfait.
 
AH : Selon vous et en quatre points, que faudrait-il voir changer à l'hôpital public pour résoudre cette crise d'attractivité ?
 
Julien Lenglet : Premièrement, faire en sorte qu’il n’y ait pas de diminution des revenus entre la fin du clinicat et le début de la carrière hospitalière. Les jeunes médecins sont prêts à garder le même niveau de revenu mais certainement pas à baisser leur niveau de vie.
Deuxième point, il faut un management hospitalier de qualité ; dans les CHU les fonctions de management sont assurées par le PUPH. Nous considérons que le fait d’avoir des fonctions académiques ne prédispose pas du tout au fait d’être un bon manager  au sein d‘une équipe. Nous avons besoin de personnes qui ont le goût du management, l’envie d’animer et faire grandir ces équipes. Même si certains PUPH font ça très bien, une majorité est à côté de la plaque car ce n’est pas à leur goût ou qu’ils ne sont pas formés à ça.
Troisièmement, avoir la possibilité de décloisonner la carrière hospitalière pour pouvoir passer de la ville à l’hôpital, de l’hôpital à la ville, pouvoir accéder aux fonctions de management pour ceux qui en ont besoin.
Enfin, le problème de la place de  l’hôpital dans le système de santé. Pour ceux qui sont PH, la tarification à l’activité fait qu’ils se retrouvent à faire du soin primaire à l’intérieur de l’hôpital alors qu’ils ne sont pas là pour ça. Il faut s’interroger sur la place de l’hôpital dans le système de santé et le rôle que doit avoir un jeune PH au sein de ces établissements.
 
Je conclurai en disant que le mode de fonctionnement global de l’hôpital, qui est probablement sur-administré et sous-doté en moyens, ne donne pas forcément envie d’y rester. La ville offre un confort d’exercice que n’offre en rien l’hôpital public.
 
AH : Un espace d'échange est souhaitable entre les Organisations syndicales de PH ne serait-ce que pour aborder les conditions d'exercice futures des chefs de clinique quand ils seront PH : selon vous est-ce possible ? 
 
Julien Lenglet : C’est évidemment possible et souhaitable. C’est d’ailleurs déjà le cas, puisque nous sommes en contact très régulier avec nos collègues du SNPHAR-E, d’Avenir Hospitalier et de l’INPH. Nous souhaitons pouvoir construire avec eux le modèle de demain à condition qu’ils acceptent que ce modèle soit radicalement différent. Nous ne sommes vraiment pas à l’aise avec le modèle actuel. La volonté d’avoir le statut de PH tel qu’on le connaît actuellement ne nous excite plus du tout.
 
Je suis clairement favorable et mes collègues aussi au fait de casser ce statut afin de le rendre beaucoup plus souple pour faire en sorte d’être des docteurs plus libres. Le statut de PH actuel ne nous rend pas libres, c’est un carcan.
 
Propos recueillis par S. Sargentini
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

----------------------------------------------------------------

Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

Retrouvez toute l'information dans le communiqué de presse (cliquez ici)

www.cfar.org/didoc/ 

 

----------------------------------------------------------------

 
 

  

    La revue AH 11 est en ligne

       Pour lire le sommaire et les articles cliquez ici

Pour télécharger la revue, cliquez ici

----------------------------------------------------------------

     Les annonces de recrutement 
Octobre 2018

      retrouver ces annonces sur le site reseauprosante.fr

 

Les dernières actus

La souffrance au travail

La souffrance au travail, un phénomène social qui n'épargne pas la Justice

 
Dans son article paru dans la revue de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), Pascale Loue-Willaume, chargée de mission, aborde la souffrance au travail dans un contexte général. Puis elle se focailise sur la justice, « Pour nous magistrats, on peut même parler de double paradoxe. Comment concilier notre serment, l’engagement professionnel que nous devons avoir d’impartialité, de loyauté avec des objectifs chiffrés qui ne tiennent généralement aucun compte des moyens et au détriment souvent de la qualité de la motivation de nos décisions »… 

« Et que dire des situations que nous rencontrons dans nos unions régionales : des collègues épuisés, qui ne parviennent plus à prendre leurs congés, qui renoncent à leurs formations obligatoires en raison d’un emploi du temps professionnel qui ne leur laisse aucune marge de manoeuvre quand on ne leur demande pas d’assurer eux-mêmes leur remplacement.»« Comment admettre que nous soyons témoins, voire parfois même victimes, de ce que nous sommes statutairement en charge de poursuivre ou de sanctionner ? »
 
Lire la suite...