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Inter-génération

Enquête vie privée/ vie professionnelle : l’hôpital est un excellent reflet de la société ! 

Les résultats de cette enquête inédite, qui a été imaginée puis mise en place par APH et Jeunes Médecins a été présentée à la presse à la veille de la journée des droits des femmes. Et pour cause, 66% des 3500 PH à avoir répondu sont des femmes ! On comprend très vite en voyant les chiffres, qu’à l’hôpital comme ailleurs, les femmes sont perdantes quand il s’agit d’équilibre vie privée/vie professionnelle. « Il y a 10 ans, ce sujet n’intéressait personne ! Il semblerait que depuis la libération de la parole qui a fait suite à l’affaire Weinstein et au mouvement #Metoo, le sujet de la féminisation soit plus audible, il faut la rendre encore plus audible à l’hôpital » affirme Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH. Alors, qui a participé à cette enquête ? Quelles conclusions faut-il en tirer ? Et surtout quelles actions mener face à ces discriminations, à ces asymétries entre les hommes et les femmes qui n’en finissent plus de perdurer ? 

À l’hôpital et à la maison ?

56 % des femmes travaillent plus de 50 heures par semaine et ont un conjoint qui, lui aussi, travaille beaucoup (44 heures en moyenne), mais 28 % des femmes de médecins hommes exercent à temps partiel, pour 6 % des conjoints hommes. L’asymétrie est donc bien nette. 
Pour 58 % des femmes (62 % des jeunes femmes) et 46 % des hommes se déclarent en épuisement chronique. 
Les médecins rencontrent beaucoup de problèmes pour la garde des enfants en raison de leurs horaires (plus la semaine que le WE). Ils n’ont que rarement accès aux crèches hospitalières. La répartition des tâches domestiques et ménagères est très asymétrique, le niveau élevé d’études et le fort investissement professionnel ne changent pas les mentalités, et ce même pour les jeunes de moins de 45 ans !
 

Discrimination ou autocensure au féminin ?

Alors que les statuts et grilles salariales ne laissent aucune part à une discrimination objective, l’enquête laisse plutôt transparaître une autocensure chez les femmes, qui doivent souvent faire face en même temps à la construction de leur vie familiale et parentale, et de leur vie professionnelle, et renoncent de ce fait à certains aspects de leur carrière. Les chiffres sont révélateurs : 
En effet, si elles avaient moins de contraintes familiales, les femmes aimeraient travailler plus que les hommes, elles se formeraient davantage (49 % vs 33 %) et s’investiraient plus dans des missions transversales. 
36 % des femmes considèrent avoir modifié leur parcours professionnel en raison de leur charge familiale contre 22 % pour les hommes, et d’ailleurs près d’une femme sur 2 se sent coupable d’avoir jugé sa carrière très importante, notamment vis a vis de ses enfants. 
Pour en revenir à la formation, 55 % femmes déclarent avoir renoncé à la formation continue, vs 33 % pour les hommes. Elles déclarent également faire moins de travail personnel à la maison en lien avec leur carrière que les hommes. Ces chiffres sont potentiellement lourds de conséquences, aussi bien pour la qualité du travail que pour l’intégration dans l’équipe et les projets professionnels.
 

Entre discriminations et renoncement personnel ?

Parmi d’autres, ce sont les discriminations ressenties liées au sexe qui sont les plus importantes, avec un gros différentiel entre les hommes et les femmes (18  % vs 43 %, et 47 % chez les jeunes femmes). C’est corroboré par les attentes vis a vis de la parité : alors qu’il n’existe pas d’attente de parité à l’entrée des facultés, il existe une assez forte demande de parité pour les postes supposés à responsabilités ou pouvoir : 47 % des femmes (28 % hommes) seraient favorables à une parité pour les HU et 52 % (vs 30 %) favorables à une parité pour la chefferie de pôle. 
Trois femmes sur 4 pensent qu’elles auraient fait une autre carrière si elles étaient du sexe opposé. Mais est-ce une réelle discrimination ou un renoncement personnel ? L’enquête ne peut trancher.
Une femme sur 3 considère que les grossesses ont pénalisé sa carrière et a ressenti des attitudes discriminatoires liées à sa grossesse (30 %).
 

Harcèlement et humiliations morales : l’omerta hospitalière 

15 % de femmes déclarent avoir déjà été harcelées sexuellement, 18 % déclarent en avoir été témoin. Le profil type du harceleur est un homme médecin en relation de pouvoir (vrai ou imaginé).
Mais au delà de ces chiffres, dont on ne peut comparer la prévalence avec d’autres groupes professionnels, le plus important c’est le consensus dans les deux cas sur l’absence de réaction de l’institution et/ou l’omerta qui règne autour de ces phénomènes.
Seulement 33% des répondants n’en ont jamais vu 
 

Et bien des combats s’ouvrent à nous !

Qu’est ce qui changerait la vie à l’hôpital pour les femmes ? Elles répondent !
  • 4 pistes sont plébiscitées ,
    • - un observatoire national des discriminations sexuelles.
    • - une campagne de sensibilisation aux maltraitances diverses
    • - un CHSCT ouvert aux médecins
    • - des droits syndicaux ouverts aux médecins
  • Une nette attente de parité (HU, CDP et directions).
  • Des revendications qui rencontrent une très forte adhésion :
    • Pouvoir moduler sa carrière sans conséquences pour celle-ci (44 %), 
    • Moins d’heures de travail par semaine (40 %), 
    • Des crèches hospitalières ouvertes aux médecins (34 %)
    • Des remplacements en cas de congés maternité (32 %)
    • Mieux pouvoir prévoir son heure de sortie le soir (31  %).
    • Une augmentation des rémunérations est notée en 2ème position (43 %), mais par rapport aux hommes (61 %). La différence est sans doute à mettre en lien avec une plus forte dispersion des réponses féminines vers des solutions concrètes pour leur équilibre de vie, sans que pour autant les revendications salariales soient moins importantes. 
Il s’agit d’une enquête historique dans la vie hospitalière. C’est la première fois que la question de l’équilibre vie privée vie professionnelle est posée, alors que c’est un point phare de l’attractivité des carrières médicales hospitalières. 
Cette initiative APH va permettre de libérer la parole, des femmes et des hommes, sur leurs attentes, leurs ressentis, leurs déceptions éventuelles. 
Le constat actuel, à ce stade de l’analyse de l’enquête, est que l’adéquation vie privée vie professionnelle n’est pas bonne, ni pour les hommes et encore moins pour les femmes.
L’hôpital, qui a vu depuis les 30 dernières années se féminiser, n’a pas du tout anticipé les conséquences nécessaires à une bonne intégration et à ce que celles-ci prennent la place qu’elles méritent. L’hôpital n’est pas le seul employeur dans ce cas, naturellement. Mais il est temps que ça change, et c’est là un de nos engagements syndicaux pour la période à venir. 
 

« Accompagner les femmes sans les victimiser » : les précisions de Nicole Smolski, présidente d’honneur d’APH

« Cette enquête est un constat, fait par les femmes et les hommes. Nous n’avons gardé que les femmes. Ce constat est le premier fait à l'hôpital, à savoir que les équilibres vie privée/vie professionnelle se font mal à l'hôpital. C’est le cas pour les hommes ET pour les femmes, mais encore plus pour les femmes. 
Il ne s'agit en aucun cas d'avoir un discours victimaire de la part des femmes : le prototype des hommes médecins n’est pas celui de gros harceleurs sexuels, sauf cas très particuliers. Il était important, pour nous, d’éviter cet écueil, notamment face à la presse très friande de ce genre de raccourci spectacle. Nous vivons ensemble, hommes et femmes, en bonne entente, au sein des équipes. 
Mais l'arrivée des femmes, les trente dernières années dans le champ hospitalier, n'a jamais été anticipée ni accompagnée, et nous-mêmes syndicalistes ne l'avons pas identifiée comme un problème en soi, et donc nous n'avons pas cherché de pistes d'amélioration.
Il s'agit donc d'un problème systémique et pas individuel, et c'est en tant que tel que nous devons l'aborder. Les femmes s'autocensurent, renoncent à beaucoup de choses, à cause de pressions le plus souvent implicites, de culpabilisation aussi bien familiales que vis-à-vis des collègues. Elles renoncent pour beaucoup à leur carrière, à leur formation continue, aux investissements transversaux.
L'hôpital doit donc offrir un accompagnement à cette féminisation de la profession, si on veut que les femmes puissent s'engager. Ca doit être une priorité syndicale.
Il y a des choses simples qui pourraient être mises en place rapidement : ouvrir les crèches aux enfants de médecins, réfléchir à des locaux pour l'allaitement, à ce que les médecins du travail soient plus partie prenante pour aider (postes aménagés, ou visite avant reprise de maternité).
D'autres sont plus compliquées à mettre en place comme : les remplacements courts avec statut spécifique de remplaçant pour les congés maternité, la surveillance des temps consacrés à la FMC, des campagnes contre le harcèlement et les violences.
Mais ce n’est pas parce que c’est plus compliqué que nous devons renoncer, bien au contraire. 
Et toutes ces pistes, qui ne sont pas restrictives, ne sont pas des pistes « genrées », qui risquent de stigmatiser les femmes dans un rôle de « pondeuses qui ont des égards » : toutes nos demandes (sauf congés maternité et allaitement) concernent hommes et femmes, et leur satisfaction va permettre d’améliorer la vie des femmes ET des hommes à l’hôpital. C’est un enjeu sociétal, car les aspirations au travail changent. Le temps du médecin héros rentrant harassé le soir pour embrasser ses enfants déjà couchés est révolu. Femmes et hommes veulent une vie équilibrée, pouvoir s’engager professionnellement sans renoncer à une vie familiale équilibrée : c’est un challenge auquel APH va s’attaquer. 
 

Les femmes médecins et la grossesse 

  • 6 % des jeunes femmes médecins ne prennent pas leur congé maternité. La moitié (52 %) pour des problèmes de carrière et 16 % n’ont pas osé. 
  • L’arrêt du travail de nuit au 3ème mois est un dispositif légal qui n’est pas respecté chez près de 6 jeunes femmes sur 10 (58 %). (pas osé, ou pas pu pour problèmes financiers)
  • Pas de visite de médecine du travail après un arrêt pour grossesse pour 8 jeunes femmes sur 10.
  • Volonté de poursuivre l’allaitement après la reprise du travail (une femme sur 3 l’a fait, mais aucun aménagement en termes de locaux ou de pause).

Ils en ont parlé

Le quotidien du médecin :
https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/evenement/2019/03/07/enquete-sur-la-vie-de-3-500-praticiens-hospitaliers_866589
 
Le Monde : 
https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/07/a-l-hopital-les-carrieres-des-femmes-restent-des-parcours-semes-d-obstacles_5432707_3224.html 
 
Le Figaro :
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2019/03/07/97001-20190307FILWWW00107-egalite-a-l-hopital-les-femmes-renoncent-a-se-former.php
 
L’Express :
https://lentreprise.lexpress.fr/actualites/1/actualites/hopital-les-femmes-medecins-renoncent-plus-souvent-a-se-former-enquete_2065841.html
 

 

 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

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     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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