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« Jeunes Médecins » : Qui sont-ils ?

 

Emanuel Loeb et Franck Verdonk

APH se réjouit de son rapprochement avec les « Jeunes Médecins ». La rédaction d’Actu’APH souhaitait s’entretenir avec Emanuel Loeb, président du mouvement « Jeunes médecins » ainsi que le président de la région Ile-de-France, Franck Verdonk. Ils reviennent avec nous sur leurs aspirations, l’actualité et nos valeurs communes. 

Actu’APH : Un première question d’évidence nous vient, en se désignant comme « Jeunes Médecins » n’est-ce pas introduire un clivage générationnel, préjudiciable à l’action commune ? 

Emanuel Loeb : Non, le but n’est pas celui là ! Il y avait un vide entre la représentation étudiante de premier, deuxième et troisième cycle et la représentation historique des syndicats professionnels, on a pensé qu’en partant d’une structure existante on pouvait mobiliser toute une partie de la communauté médicale qui aujourd’hui a du mal à faire émerger sa vision du système de santé et ses revendications. Toute cette logique s’inscrit dans une volonté de discussion et d’ouverture c’est pour cela que nous travaillons conjointement avec APH, CPH et Avenir Hospitalier.
 
Franck Verdonk : Non vraiment pas, nous investissons un terrain qui était vide et au contraire notre objectif est de sortir des clivages qui peuvent exister entre spécialités, statuts et modes d’exercice. Nous ne sommes pas du tout en opposition avec les syndicats « séniors », au contraire nous souhaitons créer des ponts entre la fin de l’internat et les seniors. Nous essayons de créer du lien en sortant du côté statutaire pur. Notre objectif n’est pas d’aller empiéter sur les internes, ou les seniors, mais plutôt d’interagir sans aucun complexe. 
 
Actu’APH : Tous les jeunes médecins ne se destinent pas massivement à l’hôpital public. Pourtant le rapprochement de « Jeunes Médecins » avec APH nous donne à penser que vous partagez un grand nombre de valeurs et d’orientations syndicales défendues par notre intersyndicale très attachée au Service Public. Non ? 
 
Emanuel Loeb : Il y a un certain nombre de valeurs qui sont partagées avec APH bien sûr ! Nous essayons d’apporter des témoignages de problématiques actuelles pour les jeunes praticiennes et praticiens qui n’émergent pas souvent. Nous avons pour objectif de mettre en place une logique de concertation entre les différents secteurs d’activité. 
 
Franck Verdonk : Nous sommes attachés au service public oui mais aussi au service privé. 30 % de nos adhérents sont actuellement libéraux, nous n’avons pas vocation à défendre un des deux secteurs mais plutôt une manière d’exercer. Nous défendons l’exercice de demain qu’il soit public ou privé. 
 

« Il ne faudrait pas que la communauté médicale se perde dans des combats internes ! » 

Emanuel Loeb

 
Actu’APH : Un débat actuel concerne la légitimité du Syndicat des médecins remplaçants des hôpitaux à black-lister les établissements qui appliquent la loi limitant leur rémunération. Une plainte est même déposée par la ministre de la santé, suivie par le Conseil de l’Ordre. Quelle est votre position ?
 
Emanuel Loeb : Nous avons fait un communiqué de presse conjoint justement. Il y a un certain mode d’action qui a été prôné par cette organisation syndicale et il est discutable. Nous ne devrions pas nous auto-accabler de problématiques dont nous ne sommes pas responsables. L’intérim est la conséquence de l’incurie du système de santé français, il ne faudrait pas que la communauté médicale se perde dans des combats internes. 
 
Franck Verdonk : Nous ne souscrivons pas à la modalité avec laquelle la revendication a été portée cependant nous sommes opposés à cette manière de briser la voix syndicale. Au-delà de la modalité que nous ne validons pas, il y a une souffrance des médecins remplaçants et elle n’a pas été entendue. On ne peut pas soutenir la manière de faire du Ministère. Mais tout cela signe bien le problème d’attractivité que nous connaissons. 
 
Actu’APH : Il s’agit donc d’un problème d’attractivité des carrières hospitalières... Que proposez-vous dans l’immédiat et à terme pour y remédier ?
 
Emanuel Loeb : Dans notre livre blanc, il est question de propositions sur la restructuration de l’offre de soins hospitalière avec une gradation de l’offre hospitalière. Nous pensons qu’il faut se diriger vers un statut de praticien unique titulaire qui permettrait de moduler son activité sur des établissements publics et privés avec un mode de financement propre à chaque établissement. 
 
Franck Verdonk : Premièrement, il faut revaloriser financièrement les carrières de PH. En 10 ans nous avons perdu la moitié de notre pouvoir d’achat... Deuxièmement, c’est un monde opaque pour le moment, donc il faut plus de visibilité sur les carrières hospitalières. Par ailleurs, il me semble essentiel de sortir de la précarité de certains statuts comme ceux d'attachés. Il faut converger vers un statut unique qui soit flexible sans sortir de la titularisation. 
 
Actu’APH : Dans le programme « Ma Santé 2022» du gouvernement, quelle part faites-vous entre les points positifs et ceux qui le sont moins ? 
 
Emanuel Loeb : Malheureusement, j’ai l’impression que les propositions formulées ne diffèrent pas des logiques qui ont été prônées jusqu’alors. Est-ce qu’il existe une volonté de modifier en profondeur l’organisation des soins ? Je ne suis pas sûr et surtout existe t-il une rupture entre le pacte de confiance à l’hôpital de Marisol Touraine et ce qui se fait aujourd’hui ? Je n’ai pas entendu parler de refonte de la loi HPST par exemple. 
 
Franck Verdonk : Un certain nombre de points sont dans la dynamique de notre livre blanc mais un grand nombre d’entre eux sont encore très flous, comme les assistants médicaux par exemple. La mise en place des grandes lignes directrices nous en dira plus, nous prêtons beaucoup d’attention à la réorganisation de la gouvernance hospitalière. Nous craignons que ces réformes n’impliquent pas tous les acteurs concernés. 
 

« Il faut converger vers un statut unique qui soit flexible sans sortir de la titularisation. » 

Franck Verdonk 

 
Actu’APH : Quels moyens pensez-vous donner à l’action commune avec APH pour faire aboutir nos revendications ? 
 
Emanuel Loeb : « Jeunes médecins » peut réussir à sensibiliser les jeunes praticiens en entrée de carrière sur les questions qui auront trait à l’ensemble de leur exercice au sein des établissements publics de santé. Nous essaierons de réfléchir sur la forme à un mode de communication attractif et sur le fond à ce que les propositions qui soient portées répondent aux aspirations de la génération à venir sans être antagoniques à ceux qui sont déjà bien lancés dans leur carrière hospitalière. 
 
Franck Verdonk : Nous avons les moyens de mobiliser une population mal informée et faire participer cette génération au débat. Nous essayons d’apporter à la communauté cette vision de ce que les jeunes veulent avoir pour leur exercice de demain. Le but est de fédérer pour que cette communauté puisse exprimer ses aspirations. 
 
Propos recueillis par Saveria Sargentini
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

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     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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