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Intelligence artificielle et Big Data

 
La directrice générale de l’Agence Nationale du DPC nous éclaire sur des systèmes qui commencent à impacter les médecins, le soin et son organisation. Comment ces masses de données vont-elles révolutionner, ou non, la pratique de la médecine et de toutes ses composantes ? Quels sont les enjeux de ces changements ? Michèle Lenoir Salfati nous fait partager son expérience et son analyse d’un phénomène qui demeure toujours quelque peu mystérieux à ce jour. 
 
Depuis de nombreuses années déjà, Big Data et Intelligence Artificielle (IA) intègrent le champ de la santé et le mouvement s’accélère. Le dernier CES (Consumer Electronic Show) à Las Vegas, rendez-vous mondial des innovations technologiques, a permis de constater tant la vitesse d’accélération des développements, que la démocratisation des usages de l’IA dans le domaine du soin et de la recherche en santé. Tous les champs sont impactés : 
La prévention : ainsi ce projet, mené par l’Institut National du cancer, de développement d’un programme de dépistage plus individualisé du cancer du sein sur la base de l’inclusion et de l’analyse de données génétiques a vu le jour. 
Le diagnostic : les outils d’IA permettent d’aller chercher du côté des choses auxquelles on ne pense pas pour reprendre les propos de Guy Vallancien (chirurgien et universitaire français, membre de l’Académie nationale de médecine), ou d’automatiser la formation de diagnostics à partir d’images par exemple. 
Les choix thérapeutiques : avec la formulation de propositions thérapeutiques, le suivi en temps réel des patients via le développement d’objets connectés qui déplacent et décentrent les lieux et les temps de soin. 
La recherche médicale : les technologies d’IA facilitent l’exploration des publications scientifiques et l’analyse des résultats de recherches, ou permettent de formuler des hypothèses par simulation avant les phases d’essais cliniques conventionnels.
 

Une entrée fracassante qui suscite des interrogations

L’arrivée massive de l’IA pose de nombreuses questions relatives notamment aux consensus d’usage, à l’utilisation des bases de données et notamment des données individualisées, à l’information des usagers ou en termes de responsabilité des professionnels. Dans le champ des ressources humaines qui est le mien depuis de nombreuses années, elle interroge évidemment les exercices professionnels et à ce titre si elle étonne et fascine, elle inquiète voire effraie notamment les médecins qui pressentent qu’elle est appelée à reformuler les enjeux de santé publique et les pratiques de soins, redoutent d’être en compétition avec des machines dans de nombreuses activités voire d’être à terme remplacés et expriment la crainte d’une médecine déshumanisée et aux mains de grands groupes industriels. La crainte de l’émergence d’une forme de super intelligence toute puissante et autonome aux capacités surpassant l’homme et l’évinçant progressivement, ultime vengeance des dieux à la démesure de Prométhée, relève aujourd’hui du fantasme. Aucune machine n’est en capacité de reproduire la mécanique du fonctionnement d’un cerveau humain et notamment ses capacités de créativité et de disruption puisque le mot est à la mode. Le modèle qui se dessine est plutôt celui d’une collaboration professionnels de santé/machines et oui, la machine peut concrètement nous aider à faire des choses que nous sommes incapables de faire comme récupérer et colliger des milliards de données et rechercher dans des milliards de fichiers en un temps négligeable pour soutenir notre action.
 

Peut-on faire confiance aux systèmes d’IA ? Qui aura la capacité d'auditer l'algorithme ? 

Dans ce cadre, le premier point qui mérite l’attention est celui de la confiance que l’on peut accorder aux systèmes d’IA, avec le risque de confiscation de la possibilité discursive: qui aura la capacité d'auditer l'algorithme? La plupart des systèmes d’IA utilisent des algorithmes de « deep learning » qui permettent aux machines d’apprendre. Or aujourd’hui, le principal problème tient dans la part d’opacité constitutive de ces apprentissages. On connaît les données qui entrent dans la machine, on connaît celles qui en sortent mais personne aujourd’hui, pas même leurs concepteurs, n'est en mesure de comprendre les modalités du « raisonnement » de la machine ; les spécialistes de l’IA appellent cela l’effet boîte noire. Si l’on ne parvient pas à comprendre totalement comment elle apprend, comment pourrait-on détecter comment et quand elle se trompe ? Yann Le Cun, inventeur d’un procédé qui permet depuis le début des années 80 l’apprentissage des réseaux de neurones et aujourd’hui en poste chez Facebook (responsable du laboratoire FAIR, Facebook Artificial Intelligence Research), a coutume de dire que le cerveau humain est lui aussi une boîte noire, et que nous avons appris à nous en accommoder. Pour Gérard Berry, « Ce n'est pas complètement faux. Mais nous avons l'habitude de traiter avec les humains, et nous connaissons à l'avance le type d'erreurs qu'ils font. Dans le cas de l'IA, la discipline est encore un peu jeune pour tirer ce genre de conclusions. »
Lever ces craintes est fondamental et on voit à ce titre le nécessaire dialogue qui doit s’engager entre les professionnels de santé et les mathématiciens et ingénieurs dans la conception de ces systèmes. Il est urgent de favoriser et développer l’interdisciplinarité.
 

Collaboration et dialogue interdisciplinaire ne sont pas immédiats, ni intuitifs. 

Il est nécessaire que les professionnels de santé se forment d’une part à ce qu’est l’intelligence artificielle, son fonctionnement, ses limites, ses enjeux. D’autre part qu’ils en apprennent les usages. Enfin dialoguer avec les concepteurs de systèmes nécessite aussi un apprentissage. Or force est de constater qu’alors, par exemple, que l’imagerie médicale constitue sans doute une des applications les plus sophistiquées de l’informatique et que l’IA va bouleverser les modalités du diagnostic médical dans les prochaines années, les jeunes médecins sortent encore de leurs études sans avoir été formés ni à l’objet ni à ses usages ni à ce dialogue. 
Le rapport de Cédric Villani fait à cet égard des propositions en termes de formation initiale ; mais pour tous les professionnels en exercice, le DPC doit pouvoir constituer un levier pour cet apprentissage avec trois conditions préalables : l’élaboration de référentiels d’usage de l’IA, de l’IOT et des Big Data dans laquelle les CNP devraient prendre toute leur part, l’élaboration sur cette base de référentiels de compétences et de formation (il est en effet peu probable que sans éléments de contenus travaillés et réfléchis, les organismes de DPC soient spontanément en capacité de proposer des actions pertinentes ni même qu’à terme ils le soient tous), la mobilisation enfin de nouvelles ressources que l’on sait rares pour concevoir et dispenser ces formations (médecins formés à l’IA, chercheurs, ingénieurs). Cela nécessite donc une stratégie claire de formation continue portée par les pouvoirs publics en concertation avec les professionnels. Il me paraît également important, et c’est un axe que l’Agence et ses instances promeuvent, que ces formations se fassent au plus près de la pratique simulant les cas d’usage.
 

Répartition des compétences entre professions de santé. 

Depuis de nombreuses années, via les expérimentations Berland, les protocoles de coopérations issus de l’article 51 de la Loi HPST et aujourd’hui la création d’un exercice infirmier en pratique avancée, ce mouvement est en cours, j’y crois et j’en ai été porteuse dans mes fonctions précédentes. Sans aucun doute, l’introduction dans les soins des nouvelles technologies issues de l’IA vont permettre aux médecins la délégation d’actes notamment des actes normalisables et programmables. L’Intelligence artificielle est un levier pour la construction de nouvelles logiques interprofessionnelles de prise en charge. C’est d’ailleurs dans ce cadre interprofessionnel qu’il sera important de construire des actions de formation permettant, en équipe de soins, au-delà de l’apprentissage des outils, d’expérimenter de nouveaux cadres d’intervention. Une certitude enfin, c’est qu’il ne faut pas laisser le train passer et que ces travaux doivent être conduits maintenant et rapidement avec l’ensemble des acteurs du système de santé : condition pour agir, choisir, transformer la crainte de désappropriation en construction de nouvelles compétences et de nouvelles pratiques.
 
Michele Lenoir-Salfati, directrice générale de l’Agence Nationale du DPC
 
 
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

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     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

      retrouver ces annonces sur le site reseauprosante.fr

 

Les dernières actus

Appel à la mobilisation le 26 septembre 2019

 
Actions Praticiens Hôpital & Jeunes Médecins déplorent la faiblesse des réponses apportées par le Ministère des solidarités et de la santé au malaise qui règne depuis de nombreux mois au sein des services d’urgence et dans tout l’hôpital public.
 
Les contacts récents que nous avons eus avec les pouvoirs publics n’apportent aucune solution aux problèmes cruciaux qui détruisent peu à peu tout le système hospitalier :
  • l’étranglement financier mené depuis 10 ans conduit, par des économies forcées sur les structures et les personnels, à des conditions de travail insupportables pour les praticiens et les agents hospitaliers.
  • l’absence de revalorisation des carrières hospitalières entraîne la raréfaction des recrutements des personnels médicaux et non médicaux, dont le départ vers l’intérim entraine un surcoût et une perte de temps médical pour la société.
  • la fermeture des lits a engorgé les services d’admission des hôpitaux qui ne peuvent plus répondre aux pics d’activité, conduisant à des situations extrêmement préjudiciables pour les patients.
  • L’hôpital public est en train d’agoniser sous les yeux de nos gouvernants qui refusent de prendre les mesures qui s’imposent. Nous exigeons :
  • un niveau de financement des hôpitaux en rupture avec la gestion par la pénurie en vigueur depuis 10 ans : il faut que l’augmentation du financement consacré aux dépenses de santé atteigne 4,5 % en 2020 !
  • l’engagement de négociations salariales pour toutes les carrières hospitalières, médicales et non médicales, notamment en début et en fin de carrière : suppression des 5 premiers échelons de la carrière de PH, création d’un échelon supplémentaire en fin de carrière, réévaluation des gardes.
  • l’arrêt de la fermeture des lits et la réouverture de ceux nécessaires pour soigner convenablement nos concitoyens.

APH & JM appellent tous les médecins et pharmaciens hospitaliers à soutenir la Journée d’action commune prévue le 26 septembre prochain à l’initiative du Collectif Inter-Urgences, et demandent à tous de se préparer à un mouvement d’ampleur dans le courant de l’automne.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Marc Bétremieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins

 

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 
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