A la Une

Au cœur des CRP

Un rapporteur raconte…

 
La rédaction a souhaité donné la parole à un membre  d’une CRP afin qu’il puisse faire part de son expérience. Il témoigne de façon anonyme après avoir eu à gérer un dossier difficile et complexe.  
 
« J’ai été missionné comme rapporteur auprès de la sous-commission de gestion des conflits par la direction de l’ARS après sollicitation par la direction d’un établissement dépassé par les conséquences d’un conflit entre deux praticiens. 
Pour nous « préparer », mon co-rapporteur, un directeur fraîchement retraité et moi même avons eu accès aux noms des praticiens concernés ainsi qu’à un synopsis réduit des circonstances des contentieux. Autant dire peu d’informations...
Nous avons décidé de nous concerter avant le début de la mission afin d’établir une stratégie d’enquête : qui rencontrer dans l’établissement en plus des protagonistes, dans quel ordre… quelles questions poser ?
Il faut savoir qu’aucun des membres de la CRP ne voulait prendre part à l’enquête. Ainsi, pendant six ou sept mois, l’affaire est restée en suspens. Le prétexte ? Des actions en justice engagées par les protagonistes, dont certaines en cours.
La direction de l’hôpital dans lequel je travaille avait évidemment été prévenue par l’ARS et n’a montré aucun signe d’opposition à cette mission. Néanmoins, il a fallu que mes collègues s’organisent différemment. Leur planning s’en est trouvé modifié, voire chamboulé et il a été difficile pour certains de libérer du temps pour pouvoir me remplacer
Après plus d’une heure de route nous sommes donc arrivés sur les lieux du conflit, un lundi à 10h30 et nous en sommes repartis le mardi vers 17h30. Sur place, nous avons pu mener l’enquête à notre façon puisque personne ne nous a prêté assistance méthodologique, ni l’ARS, ni le CNG tout juste informé de la situation. Pour résoudre ce conflit bien ancré qui s’enflammait depuis un an déjà, nous étions donc en possession d’une feuille de mission et de plusieurs copies de documents et courriers qu’on avait bien voulu nous transmettre. 
La tension ambiante nous a permis de réaliser, dès les premièers heures, que la plupart des acteurs n’avaient pas vraiment compris l’objet de notre visite. Aucun d’entre eux  ne voyait d’intérêt à  une démarche de conciliation, de médiation. Cette situation difficile, la radicalité des positions, y compris des personnels paramédicaux, n’étaient malheureusement pas mentionnées et à ce point perceptibles dans le peu de documents que nous avions eu en mains. 
Chaque représentant de CRP peut lire les textes règlementaires, encore faut il avoir le temps de se renseigner sur tous les types de conflits. Je pense que pour faciliter la médiation, il faudrait que le cadre initial soit bien défini. C’est un véritable travail d’enquête qui demande précision et minutie, en tout cas si on veut être un rapporteur sincère. 
Parfois les acteurs du conflit se contredisent réciproquement, d’autres n’ont même pas constitué de dossier alors que certains ont élaboré des dossiers bien trop fournis. C’est ce qui s’est passé dans le cas précis du plaignant qui avait une montagne de documents à nous présenter et nous n’avons pu les lire que dans les grandes diagonales, faute de temps. 
L’intitulé pour cette mission était l’édition d’un rapports. Les infos très nombreuses, certaines surprenantes, sont tombées pêle-mêle et de ce fait notre travail a été encore plus délicat. 
Je crois qu’un ordre de mission ne suffit pas, il faut que les médiateurs puissent identifier le nœud du conflit en amont pour être efficaces, sans perdre de temps.  Une expérience quelle qu’elle soit est toujours bonne à prendre mais je reste insatisfait à la fin de cette mission puisque notre intervention n’a pu aider ni l’hôpital, ni les intéressés. Selon moi, ce genre de situations s’embrase très facilement et vite lorsqu’il s’agit d’une petite structure au sein de laquelle tout le monde se croise et se côtoie. La réactivité est capitale et nous sommes manifestement arrivés bien trop tard… dans le cadre d’une mission mal identifiée, une conciliation qu’à ce stade de conflit multipartite plus personne, à par la direction, ne souhaitait. La lenteur de réaction des différentes structures institutionnelles concernées a aussi dangereusement impacté l’activité de l’établissement. »
 
Propos recueillis par Saveria Sargentini

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

----------------------------------------------------------------

Campagne nationale
" Dis Doc', t'as ton doc' ? "  pour faire évoluer le modèle culturel des médecins !

 

Retrouvez toute l'information dans le communiqué de presse (cliquez ici)

www.cfar.org/didoc/ 

 

----------------------------------------------------------------

 
 

  

    La revue AH 9 est en ligne

       Pour lire le sommaire et les articles cliquez ici

Pour télécharger la revue, cliquez ici

----------------------------------------------------------------

     Les annonces de recrutement 
Février 2018

      retrouver ces annonces sur le site reseauprosante.fr

 

Les dernières actus

La souffrance au travail

La souffrance au travail, un phénomène social qui n'épargne pas la Justice

 
Dans son article paru dans la revue de l'Union Syndicale des Magistrats (USM), Pascale Loue-Willaume, chargée de mission, aborde la souffrance au travail dans un contexte général. Puis elle se focailise sur la justice, « Pour nous magistrats, on peut même parler de double paradoxe. Comment concilier notre serment, l’engagement professionnel que nous devons avoir d’impartialité, de loyauté avec des objectifs chiffrés qui ne tiennent généralement aucun compte des moyens et au détriment souvent de la qualité de la motivation de nos décisions »… 

« Et que dire des situations que nous rencontrons dans nos unions régionales : des collègues épuisés, qui ne parviennent plus à prendre leurs congés, qui renoncent à leurs formations obligatoires en raison d’un emploi du temps professionnel qui ne leur laisse aucune marge de manoeuvre quand on ne leur demande pas d’assurer eux-mêmes leur remplacement.»« Comment admettre que nous soyons témoins, voire parfois même victimes, de ce que nous sommes statutairement en charge de poursuivre ou de sanctionner ? »
 
Lire la suite...