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Un entretien avec Édouard Couty, médiateur national

Amélioration de la qualité de vie au travail des professionnels de santé

 

 

Après le Pacte de Confiance, Marisol Touraine a proposé à Mr Edouard Couty une nouvelle mission, celle de médiateur national, dans le cadre d’un plan de prévention des risques psychosociaux à l’hôpital. Nous l’avons rencontré et lui avons demandé comment il allait organiser cette mission.

Avenir Hospitalier : Que peuvent en attendre les acteurs de santé à l’hôpital, et tout particulièrement les médecins ?
 
Édouard Couty : Pendant très longtemps la qualité de vie au travail était un sujet abordé pour les personnels de santé, mais pas pour les médecins. Les praticiens hospitaliers ne comptaient pas leurs heures, ni l’énergie déployée année après année ; aujourd’hui il faut absolument parler de tout ça car c’est un élément essentiel, notamment pour rendre l’hôpital plus attractif.
Cet aspect là s'inscrit dans une politique plus générale d'amélioration de la qualité de vie pour tout le monde : les médecins, l’ensemble des soignants et personnels qui travaillent à l’hôpital 
La stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail qui a été annoncée par la Ministre très récemment comporte trois grands piliers : 
- Une mission nationale pour la qualité de vie au travail qui devrait être chargée de coordonner et de promouvoir les actions déjà réalisées sur le terrain et qui ont été reconnues comme étant efficaces et de favoriser et financer les actions nouvelles.
- Un observatoire de la qualité de vie au travail dans les hôpitaux pour mieux identifier et cerner les problématiques pour accompagner les structures qui en auront besoin. 
- Un médiateur national qui a pour objectif d’organiser des espaces de médiation en cas de besoin, quand les situations sont bloquées ou conflictuelles, mais également de prévenir ce type de situations.
Ma mission de médiateur national s'inscrit dans un ensemble, qui permettra de proposer une structuration et une organisation pour ces médiations, notamment en s’appuyant sur ce qui existe déjà dans d’autres secteurs d’activité, car je le rappelle c’est tout nouveau pour l’hôpital. 
 
 
AH : Comment et sur quels critères seront recrutés « les pairs » du comité national chargés d’examiner d’ores et déjà les situations qui lui sont signalées ? 
 
Édouard Couty : La Ministre m’a donné une quinzaine de dossiers à traiter en attendant que la structuration soit mise en place. 
J’ai constitué un comité des pairs de manière ad hoc car aucun texte, auquel je pourrais me référer, n’existe. J’ai fait ma sélection en fonction de critères qui me semblent importants : le volontariat en se rendant disponibles pour ces médiations, ayant à la fois le recul, l’expérience, l’indépendance et l’empathie nécessaires. 98 % de ceux qui sont dans le comité des pairs sont des médecins, il y a aussi des anciens directeurs. Je ne tiens pas compte de l’origine syndicale. Les pairs sont des PH, des PUPH ou non, des retraités, syndiqués ou non. La composition de ce comité qui n’est pas figée, c’est plutôt un vivier de 40 ou 50 personnes.
 
AH : En tant que « Médiateur », ne risquez-vous pas d’arriver après la bataille, une fois que le mal sera fait ici ou là, alors que la prévention en termes de risques psycho-sociaux est fondamentale, tout particulièrement dans le domaine de l’organisation du travail ?
 
Édouard Couty : Le médiateur part de l’instant T0, et à T0 parfois il est possible que l’on arrive trop tard. Ce sont les médiations que nous avons à traiter aujourd’hui effectivement, mais si on se projette dans un an ou deux, la médiation sera structurée. Il y aura un chemin local, inter-régional, national de conciliation ou de médiation. Pour moi, outre le fait de faire de la médiation, le médiateur a deux autres fonctions importantes : 
- l’organisation de la formation des médiateurs en veillant à ce que tous ceux qui font de la médiation se mettent à jour régulièrement
- l’animation du réseau des médiateurs à travers la France et de proposer à partir du niveau national, avec le comité des pairs, des chercheurs, sociologues et des praticiens de terrain, des préconisations et des recommandations pour la conduite à tenir pour éviter d’entrer dans des situations de blocage complet.
Il faut faire un diagnostic le plus précocement quand il y a un risque d’entrer en conflit majeur entre deux personnes ou entre une institution et une personne. L’idée c’est de faire un diagnostic juste et rapide pour prévenir, concilier et accompagner et ainsi éviter d’aller à la médiation. Il n’est pas impossible qu’on puisse parvenir à établir une typologie des grandes situations. 
 
AH : Comment, en pratique, pensez-vous que vont être utilisés les 30 millions d’euros promis (sur trois ans) pour créer de toutes pièces et déployer des services de santé au travail dans chaque GHT, ou encore pour la formation des professionnels à la détection des risques psycho-sociaux et la gestion des équipes ?
 
Édouard Couty : Je vais proposer à la Ministre un schéma d’organisation pour installer cette fonction de médiation au niveau local, régional, interrégional et national. Pour mettre ce schéma en place il faudra évidemment des moyens pour la formation, en termes de locaux et de temps de secrétariat également. Le reste des efforts sera consacré à des actions concrètes pour l’amélioration de la qualité de vie dans les établissements, pour accompagner ou soutenir des démarches dans les établissements, compléter des financements que les établissements consacreront à l’amélioration de la qualité de vie. Donc beaucoup d’accompagnement, de formation, tout en donnant des repères pour faciliter le transfert et la transposition de formules d’actions et de démarches participatives. 
Les médiateurs sont là pour faire de la médiation bien sûr, mais il est nécessaire qu’on leur fasse appel bien avant que la situation ne se bloque. Il faut donc pouvoir bien identifier les différents hypothèses possibles, les situations de crise et à partir de chaque type de crise en fonction des caractéristiques, essayer de définir, en concertation avec des gens qui ont de l’expérience, des recommandations des bonnes pratiques qui seront mises à disposition de tous les établissements, de toutes les ARS, des présidents de CME et de tous ceux qui sont des praticiens de terrain. 
 
 
AH : Le rapport de l’IGAS qui préconise entre autres la mise en place de la mission nationale pour l’amélioration de la qualité de vie au travail, a été remis récemment à la Ministre.
 
Édouard Couty : Les préconisations du rapport de l’IGAS sont en train d’être mises en place. La repsonsabile au niveau national vient d’être nommé c’est Madame Eymery qui vient tout juste de démarrer. Le rapport préconisait des moyens pour la qualité de vie au travail, il est question de 30 millions d’euros donc tout cela suit son cours...
 
Propos recueillis par Christiane Mura
 

Portrait de Magali Eymery : Responsable de la mission « qualité de vie au travail » au sein de la DGOS

Titulaire d'un DESS d'immunotechnologie (1992) puis d'un master de droit de la santé, protection sociale et éthique à Rennes (2008), Magali Eymery a commencé sa carrière comme ingénieur technico-commercial et responsable de gammes en immuno-hématologie, biologie moléculaire et contrôle d'hygiène pour des sociétés de diagnostic médical (1992-2000). 

Elle est ensuite devenue chef de produit dans le domaine des greffes pour la France et l'Allemagne d'une gamme spécialisée en histocompatibilité (2000-2001).
En septembre 2001, elle a intégré l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps, désormais ANSM) en tant qu'inspectrice des produits sanguins labiles (2001-2009) puis inspectrice sécurité et sûreté biologiques (2009-2011).
En septembre 2011, elle a rejoint l'ARS Ile-de-France. Elle a occupé dans un premier temps le poste de directrice adjointe du pôle démocratie sanitaire. Avant d'être de la coordination des conférences de territoire et de la commission spécialisée droits des usagers de la conférence régionale de la santé et de l'autonomie (CRSA).
Elle a également organisé la concertation autour du projet régional de santé (PRS) adopté en décembre 2012 et a assuré les fonctions de référente sur le droit des usagers et la laïcité.
À partir de mars 2013, elle est devenue responsable du département d'appui à la coordination et aux réseaux de santé (Acors).
Depuis février 2017, elle a été nommée responsable de la mission « Qualité de vie au travail » et sera rattachée directement à la directrice générale de la DGOS, Anne-Marie Armanteras de Saxcé.

 

 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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