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Interview

« Il faut créer un meilleur esprit collectif au sein des établissements hospitaliers » 

 Elle est devenue secrétaire générale du SYNCASS-CFDT en 2016. Anne Meunier a assuré les fonctions de directrice adjointe en charge des finances, des services économiques et logistiques, des ressources humaines, des systèmes d'information et de l'organisation, successivement dans plusieurs hôpitaux. Sa vision de l’hôpital, son engagement, la souffrance au travail, le combat syndical autant de sujets qu’elle a accepté d’aborder avec nous.

Actu’APH : À quoi attribuez-vous le succès éclatant de votre syndicat aux dernières élections professionnelles ?

Anne Meunier : Lorsque j’ai été élue, la presse a réagit en personnalisant sur moi alors qu’au SYNCASS-CFDT, le travail d’équipe est notre principal atout ! Certains titres faisaient référence à mon « emprise » sur le syndicat, bizarrement mes concurrents masculins n’ont pas été testés de la même manière (rires). Nous avons été toujours été constants dans nos positions et dans nos analyses, nous n’agissons pas comme des « girouettes » en fonction du pouvoir en place. Je crois d’ailleurs que c’est l’ADN de la CFDT. Il me semble que nous devons notre progression au travail effectué auprès des collègues, à la qualité de l’information que nous leur fournissons et à notre proximité avec eux. D’autre part, nos droits syndicaux nous permettent d’avoir certains moyens. Pour finir, je dirais que notre équipe jeune, dynamique, égalitaire, est à l’origine de nos succès. Nous avons des candidats visibles, reconnus par la profession et appréciés et des collègues qui ont besoin de se sentir soutenus, surtout en ce moment. 

Actu’APH : La souffrance au travail des personnels de direction est-elle « comparable » à celle des soignants et des médecins qui sont au contact direct des malades ? 

Anne Meunier : Il n’y a pas de hiérarchisation de la souffrance, nous sommes d’abord des personnes et pas des fonctions. Je ne crois pas que les soignants souffrent plus parce qu’ils sont au plus près des patients. Je me refuse à faire une hiérarchie quand la souffrance est occasionnée par leur travail et plus particulièrement dans un hôpital. Ce qui fait souffrir, c’est les conditions dans lesquelles on travaille. Les choix de politiques publiques ne sont pas ceux des directeurs. Aujourd’hui, ils sont nombreux à ne plus parvenir à résoudre les équations. Les tarifs incroyables des médecins entraînent le mercenariat et l’intérim, les directeurs maintiennent des structures en place mais ils n’ont pas de baguette magique. Il y a aussi des directeurs qui se suicident, nous le savons ! Malheureusement, ça n’intéresse personne… La souffrance au travail est une réalité à traiter de la même manière pour l’ensemble des professionnels à l’hôpital. 

Actu’APH : Percevez-vous d'autres variables d'ajustement que la masse salariale pour juguler le déficit des hôpitaux ? 

Anne Meunier : On pourrait demander à un directeur de recruter les personnels dont l’hôpital a besoin et s’enfoncer ainsi dans le déficit mais il ne peut pas le faire, nous n’avons pas le droit ! Ce n’est pas à nous de décider. Quand on regarde le niveau des salaire des soignants en général en France, un seul constat s’impose : nous ne sommes pas « bons ». On entend toujours que ça coûte de l’argent mais à force de ne pas être attractifs en termes de salaire, de mixité des parcours etc. on ne s’en sortira pas ! D’autre part, cette course à la productivité est antinomique avec le choix de carrière des médecins. La planification a été remplacée par la régulation et les ARS ont beaucoup de mal à jouer leur rôle aujourd’hui. Nous voulons la santé maintenant ! Il faut donc gérer la transition et avoir des moyens. Notre outil de travail est appauvri. L’investissement hospitalier a chuté de manière vertigineuse. 

Actu’APH : Comment, à votre avis, se sortir de cette spirale mortifère pour l'hôpital: faire toujours plus avec toujours moins ?

Anne Meunier : Je crois d’abord que la transition ne doit pas être sacrifiée ! 2022 c’est la fin du quinquennat… Je suis perplexe sur l’échéancier politique car il est rythmé en fonction des issues électorales alors qu’il devrait être rythmé par les besoins de la population. Les comptes sociaux se rétablissent et ils ont donc décidé de ne plus rembourser les exonérations de charges sociales c’est quand même gravissime ! Les 0,5 % d’augmentation tarifaire desserrent l’étau, oui il faut le reconnaître, mais ils ne couvrent pas les dépenses, ce n’est toujours pas suffisant donc il va encore falloir faire des choix en interne.

Actu’APH : Pensez-vous qu’il soit possible d’organiser des actions communes avec les syndicats de médecins hospitaliers ? Si oui lesquelles ?

Anne Meunier : La charte de l’éthique et de la responsabilité que nous avons rédigée peut très bien s’appliquer aux médecins et tout le monde. Je pense que c’est une démarche à soutenir communément.

À propos de la plateforme d’appel, je me tiens à disposition pour mettre en place ce dispositif de signalement des situations à risques avec des cliniciens et des médecins du travail au bout de la chaîne. Dans le cadre du dispositif, le CNG étant notre maison-mère nous pouvons capitaliser nos forces. Dans la communauté hospitalière, nous poursuivons les mêmes objectifs : il y a des actions à mener en commun, nous avons des points de convergence importants notamment sur la question de l’évolution du syndicalisme dans nos professions. Les effets de l’avant-projet de loi de la fonction publique ne sont pas pour tout de suite, mais c’est une opportunité pour faire valoir le droit syndical des médecins dans les établissements. Pour apporter des réponses au problème actuel du fonctionnement hospitalier, il faut créer un meilleur esprit collectif au sein des établissements. Les médecins doivent avoir les mêmes droits syndicaux, ce n’est pas une catégorie à part. Pour nous à la CFDT, travailler ensemble sur ces projets-là est toujours passionnant et utile.

Propos recueillis par Saveria Sargentini

 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Campagne nationale
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     Les annonces de recrutement 
Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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