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Intelligence artificielle : l’enjeu c’est la régulation - L’ interview de David Gruson

 
David Gruson est membre du Comité de direction de la Chaire santé de Sciences-PO Paris et Fondateur de l’initiative Ethik-IA, une initiative académique et citoyenne qui entend défendre une « régulation positive » de l'intelligence artificielle (IA) et de la robotisation en santé, notamment dans le cadre des états généraux de la bioéthique. Il a accepté de répondre à nos questions sur l’intelligence artificielle utilisée dans le domaine de la santé. 
 
Avenir Hospitalier : Dans le domaine de la santé, on peut penser que les applications de l’IA seront décisives pour l’aide au diagnostic par exemple. Pensez-vous à d’autres domaines, d’autres exemples? En particulier pour un acteur de la santé non soignant comme vous ?
 
Davis Gruson : Le domaine du diagnostic est, en effet, majeur avec des solutions d’IA qui se fiabilisent progressivement dans différents domaines même si, pour le moment, les cas d’application concrets sont encore limités dans le réel des pratiques des professionnels en France. Le sujet le plus à court terme est effectivement celui de la transposition, sur les fonctions supports, administratives et logistiques, de solutions d’IA et de robotisation d’ores et déjà fonctionnelles dans d’autres secteurs de la vie économique et sociale.
 
Avenir Hospitalier : L’IA fera disparaître des métiers, et devrait en créer de nouveaux. Dans le domaine de la santé, comment entrevoyez-vous l’avenir ?
 
David Gruson : Il faut avoir l’humilité collective de reconnaître que beaucoup d’incertitudes demeurent sur ce qui va venir. Non sur l’ampleur du mouvement : c’est une véritable révolution pour les métiers du champ sanitaire et médico-social qui est à l’œuvre. Le questionnement porte sur le rythme de ce déploiement et ses premiers points d’application. Comme les précédentes, cette vague d’innovations « de rupture » supprimera effectivement des emplois et en créera d’autres. On peut faire des analyses et des prévisions à ce sujet, c’est le sens du volet RH de l’initiative Ethik-IA. Nous pensons, par exemple, que les impacts en suppressions seront d’abord plus forts pour les métiers non soignants et pour les territoires de santé qui n’auront pas engagé préalablement d’évolutions de l’offre de soins. Des créations d’emplois vont venir avec des besoins nouveaux qui émergent sur le pilotage par les données et le renforcement de l’accompagnement humain auprès des patients. Mais nous avons besoin d’une initiative forte portée par les pouvoirs publics pour doter la France – et l’Europe – d’un dispositif structuré de suivi et d’anticipation de ces phénomènes essentiels pour l’avenir de nos systèmes de soins. 
 
 
Avenir Hospitalier : L’IA et ses algorithmes ne risquent-ils pas de confisquer la possibilité de l’échange, du désaccord, du débat de la controverse, comment on peut l’avoir avec un expert ?
 
David Gruson : Tout est une question de régulation du déploiement de ces technologies. Avec Ethik IA, nous avons proposé toute une série d’outils pratiques autour de la notion de garantie humaine de l’IA et d’évitement d’une logique de délégation du consentement à la machine. C’est un enjeu fort de la prochaine révision de la loi de bioéthique. 
 
Avenir Hospitalier : En termes de santé publique, on voit bien l’intérêt de l’accès aux Big Data par les pouvoirs publics pour orienter de façon pertinente leur politique, en particulier dans la prévention. En contre partie, l’exigence de conformité aux recommandations et procédures qui en ressortiront ne sera-t-elle pas considé- ­r­­ablement accrue pour les professionnels de santé, avec la disparition de l’autonomie professionnelle par voie de conséquence ? 
 
David Gruson : Il faut bien garder à l’esprit que c’est surtout l’insuffisance actuelle de pilotage par les données qui est aujourd’hui très péjorative pour les patients et les professionnels. Grâce à l’IA et à la robotisation, nous pouvons faire massivement progresser la qualité et l’efficience du système de soins et les conditions de travail de celles et ceux qui le font vivre au quotidien. Nous vivons, encore en 2018, des situations de santé publique éthiquement inacceptables qui pourraient évitées par un meilleur pilotage par les données de santé. 
Un seul exemple : regardez les effets délétères en terme de santé publique du modèle de financement actuel de la dialyse. Nous aurions pu en prendre conscience plus vite avec un meilleur pilotage par les données. Le Gouvernement vient d’annoncer une réforme d’ensemble sur cette question. C’est peut-être une étape essentielle.
 
Avenir Hospitalier : La protection des données personnelles semble être le souci prioritaire de l’exploitation des Big Data. En revanche, comment empêcher que de grands capitaines d’industrie s’emparent des données pour proposer des solutions médicamenteuses ou techniques qui soient plus conformes à leur intérêt qu’à celui de la population ? 
 
David Gruson : Ici encore, l’enjeu-clé c’est la régulation. L’entrée en vigueur du RGPD – règlement général sur la protection des données – va renforcer les protections. Mais nous devons aller plus loin dans une double logique. D’une part, nous devons davantage partager les données dans un cadre sécurisé pour faire progresser la santé publique. D’autre part, nous devons mieux graduer le niveau de protection des données en fonction de leur sensibilité. La notion de « Big Data » donne la fausse impression que tout se vaudrait. Or, chaque professionnel peut mesurer le contraire dans sa pratique quotidienne. C’est précisément le sens du travail que nous menons avec l’équipe de l’IHU Imagine pour parvenir, d’ici la fin de ce semestre, à un prototype de norme de bon usage de l’IA appliquée aux données génétiques dont personne ne peut douter du caractère éminemment sensible. 
 
Avenir Hospitalier : On entend dans certains milieux, des propos comme : « on va passer de l’artisanat à l’industrie du soin, et d’une médecine libérale à une médecine entrepreneuriale ». N’est-ce pas teinté d’un inquiétant cynisme ?
 
David Gruson : J’aurais envie de vous répondre que le pilotage par les données a d’abord vocation à permettre de mettre un terme à un certain nombre de dérives – dont certaines sont effectivement colorées de cynisme – au sein de notre système de soins. Sur le déploiement de l’IA elle-même, c’est notre responsabilité collective de dégager, en éviter une sur-réglementation qui bloquerait l’innovation, des normes éthiques pratiques. C’est ce que nous appelons la régulation positive. Et effectivement le temps est compté pour la déployer. 
 
Propos recueillis par Saveria Sargentini
 
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Réintégration des PH experts judiciaires au sein des collaborateurs occasionnels du service public

Communiqué Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins du 3 Mai 2019

Actions Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins se félicitent de la publication au Journal Officiel du 2 mai 2019 du décret qui réintègre les experts psychiatres dans la catégorie des collaborateurs occasionnels du service public (COSP).

Cette publication est le résultat de la mobilisation conjointe des associations et compagnies d’experts et des syndicats de praticiens hospitaliers, en particulier Actions Praticiens Hôpital, Jeunes Médecins et le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux (SPH). La saisine par certains d’entre nous du Conseil d’État et la procédure juridictionnelle lancée par cette dernière a contribué à accélérer l’élaboration et la publication du décret. A deux reprises en décembre 2015 par le biais d’un décret puis en octobre 2018 par le truchement d’un amendement déposé en catimini au projet de loi de financement de la sécurité sociale, la Chancellerie a tenté de faire passer des dispositions réglementaires et législatives visant à nous exclure des COSP.

Nous devons donc rester vigilants car le Ministère de la Justice ne semble pas avoir renoncé à son projet d’imposer un statut libéral à l’ensemble des experts. Sous prétexte de permettre l’accès des médecins experts à un « statut libéral simplifié » du type du « microsocial », la Chancellerie voudrait de nouveau imposer un « statut unique » qui la dispenserait de verser les charges sociales.

APH et JM poursuivent avec le SPH le combat pour la défense de l’expertise médicale et psychiatrique et pour une meilleure rémunération des missions confiées aux experts notamment une revalorisation des dépositions aux Assises, la modification des critères et l’accès aux « expertises hors normes » de l’ensemble des experts indépendamment de leur statut.

Contact

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Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Président Jeunes Médecins

Suite à l’enquête " équilibres vie privée - vie professionnelle à l’hôpital public ", des mesures urgentes s’imposent pour améliorer la vie professionnelle à l'hôpital : Mme Buzin et Mme Courrèges, écoutez les praticiens !

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins ont lancé une enquête courant février, sur les équilibres vie privée vie professionnelle pour les médecins hospitaliers.
Nous vous avons tenu au courant des résultats par newsletter (http://www.avenir-hospitalier.fr/images/Resume_Enquete_APH-JM_Vie_Privee_Vie_Professionnelle.pdf) et cette enquête a été très bien relayée par la presse. Les constats sont lourds, pour les hommes et pour les femmes, et peuvent en partie expliquer le désenchantement face aux carrières hospitalières.
 
Nous avons identifié des pistes de travail pour vaincre ces difficultés. Elles doivent impérativement être travaillées avec les pouvoirs publics.
 
Nous avons dans ce sens demandé un rendez vous urgent avec la Ministre, qui n’a pas daigné nous répondre (il est sans doute plus urgent de précariser nos statuts  !!! ( https://aph-france.fr/Statut-de-praticien-hospitalier-oui-a-la-refondation-non-a-la-precarisation.html ).
Nous avons également envoyé un courrier à la Directrice de la DGOS, que nous vous mettons en pièce jointe à titre d’information. Ce courrier contient toutes les pistes de travail que nous avons fait émerger de vos réponses à cette enquête. Ce courrier n’a pas non plus reçu de réponse depuis le 19 mars ! Là aussi, on voit bien où sont les priorités!
 
Il s’agit d’un mépris caractérisé, que nous ne pouvons accepter : pour la première fois, la parole des praticiens à l’hôpital s’est ouverte sur les sensations de discriminations, sur les renoncements, sur le plafond de verre, sur les difficultés à trouver un équilibre de vie, sur les non applications de la réglementation. Cette parole, nous la porterons grâce à vous, et cette absence de réponse ne va pas pouvoir durer.
 
 
Contacts :
Dr Nicole Smolski Présidente d’honneur APH 
Dr Marie-Josée Cortes Membre CA CPH et APH 
Dr Lamia Kerdjana Jeunes Médecins 
Dr Pascale Le Pors, Membre CA AH et APH
Dr Jacques Trévidic Président APH et CPH
Dr Renaud Péquignot Président Avenir Hospitalier 
Dr Emanuel Loeb Président Jeunes Médecins
 

 

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