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« Architecture Hospitalière : un monde complexe et passionnant » - L’interview de Gérald Berry »

 
La rénovation du parc hospitalier français a connu un boom depuis 15 ans sous l’impulsion des plans Hôpital 2007 et Hôpital 2012 qui ont permis son financement à hauteur de 50% par l’Etat. Avenir Hospitalier a voulu en savoir plus sur les acteurs de cette rénovation. Qu’est-ce qui les motive ? Comment travaillent-ils ? Gérald Berry, directeur du Pôle Santé chez Chabanne-architecte a accepté de répondre à nos questions. 
 
Avenir Hospitalier : En quoi le monde de la santé est-il intéressant pour un architecte ? Qu’est-ce qui pousse un architecte à se spécialiser en architecture hospitalière ? 
 
Gérald Berry : Le monde de la santé est intéressant car de forte complexité, tant sur le plan technique que fonctionnel. De plus, en architecture, le monde de la santé a une utilité sociétale, c’est un équipement qui est indispensable pour les collectivités. Enfin, au niveau de la ville, de l’urbain, les projets hospitaliers sont souvent des projets importants en termes d’image, de taille. Ce sont des marqueurs urbains qui imprègnent de leur présence, les villes et les centres villes. D’ailleurs, les GHT participent au développement des territoires péri urbains. 
C’est la complexité qui nous pousse encore une fois… les projets sont de véritables challenges. Ce sont souvent des grands puzzles en 3D, où sont mixés différentes spécialités, avec des intervenants très différents contrairement à d’autres projets de bâtiments publics ou une seule activité est concentrée. Les programmes sont très divers aussi. On peut travailler sur des bâtiments d’hospitalisation purs, des bâtiments de plateaux techniques, d’urgences, des maternités, de cancérologie... Les programmes santé ont différentes facettes et de ce fait sont passionnants. 
 
AH : Avez-vous noté des évolutions notables dans les cahiers des charges ces dernières années : pour les patients et les professionnels ?
 
Gérald Berry : Je m’occupe de projets hospitaliers depuis une quinzaine d’années et on note un développement de l’ambulatoire. On sent qu’il y a une volonté de réduire le temps de séjour pour essayer de faire des actes à la journée. Ce qui frappe le plus aujourd’hui c’est le développement des hôpitaux de jour en lien direct avec les blocs opératoires, pour que le parcours du patient soit rapide entre l’accueil, l’opération et le retour à la ville, et également la mutualisation des services, la flexibilité au niveau du nombre de lits. 
AH : En fait, on sait que les échanges interpersonnels (espaces temps et espaces lieux) se sont trouvés réduits depuis une quinzaine d’années. C’est certainement l’une des causes majeures de souffrance professionnelle constatée aujourd’hui. La réduction des espaces d’échanges entre professionnels pourrait en partie l’expliquer : quelles marges de manoeuvre pour vous, architectes ?
Gérald Berry : Nous travaillons essentiellement sur des marchés publics, donc sur des hôpitaux publics et nous répondons à des programmes où les espaces nous sont imposés. On sent très bien qu’il y a une diminution des espaces de réunion, de détente dans les différents services. Nous savons que les professionnels de santé ont des métiers compliqués, qu’ils font beaucoup d’heures dans un milieu de souffrances et que leurs conditions de travail sont difficiles. 
Nous essayons d’optimiser au mieux les espaces afin d'aménager un bout de terrasse par exemple, pour permettre au personnel de prendre une pause. Nous essayons d’imaginer des salles de réunion pour discuter en petit groupe à propos de la vie de l‘hôpital, des patients, des problèmes personnels. Il est très important d’échanger au sein d’une structure hospitalière. Les personnels travaillent en horaires décalés, il y a beaucoup de turn-over dans les hôpitaux donc eux, encore plus que les autres, ont besoin de pouvoir communiquer. Nous faisons également très attention à l’accès à la lumière naturelle.
 
AH : Justement, la problématique de l’accès visuel à l’extérieur, pour les patients comme pour les soignants, voire même simplement à la lumière du jour, ne semble pas être la priorité des conceptions architecturales hospitalières...
 
Gérald Berry : Nous faisons en sorte d’amener la lumière dans l’ensemble des espaces au-delà même de la réglementation du travail qui l’impose, car c’est un véritable plus pour les personnels. La lumière naturelle pour l’ensemble des postes de travail est déjà imposée ce qui est normal mais nous cherchons toujours les meilleures orientations, pour éclairer les espaces de circulations et les paliers d'arrivées aux étages par exemple. Arriver dans un espace noir ce n’est vraiment pas agréable. 
Il y a beaucoup de contraintes, des surfaces à tenir, des budgets et des ratios… mais nous savons que les programmistes eux aussi font face à ces limites. La lumière du jour est évidemment importante, pour les personnels, pour la circulation qui structure le bâtiment et également pour les patients. 
Pour les gros projets hospitaliers, les positionnements doivent être stratégiques. Il est très important de faire en sorte que les personnels et patients/résidents gardent le contact. Il est primordial que le patient soit rassuré par la présence des personnels, et donc que tout soit mis en œuvre pour qu’il y ai toujours une proximité des lieux et des personnes. 
Pour surveiller les résidents dans les EPHAD, la proximité visuelle entre les espaces est essentielle. Les personnels doivent être à des endroits stratégiques, les entrées et sorties par exemple. La centralité de certains espaces des ensembles de soins, des espaces dits « de jour », parcourus à la fois par les personnels et les patients ou résidents est également très importante. 
 
Les hospitaliers doivent être au cœur du projet de l’hôpital car ce sont eux qui y vivront pendant 30, 40 ans !
 
AH : Quelle place les hospitaliers devraient-ils prendre selon vous dans la conception d’un hôpital ? Après tout, ce sont eux qui vont y passer le plus de temps ? 
 
Gérald Berry : Ils doivent être au cœur du projet ! Nous concevons des projets mais ce sont eux qui vivent dedans pendant 30-40 ans, ils y passent leurs nuits, leurs journées et nous en sommes bien conscients... D’ailleurs actuellement les projets sont mis au point avec les services hospitaliers. Lorsqu’un centre hospitalier lance un concours pour un nouvel hôpital, il établit un cahier des charges avec des professionnels qu’on appelle des programmistes qui eux, font un schéma directeur avec les cadres de soins et la direction de l’hôpital et montent un programme. Les professionnels hospitaliers sont donc très présents dans l’élaboration du programme qui peut durer jusqu’à deux ans. Ensuite lorsque le concours d’architecture est lancé, les cadres hospitaliers font partie du jury. Ils ont donc clairement leur mot à dire !
L’élaboration des projets se fait sous procédure de dialogue. Ils peuvent faire part de leurs remarques, de leurs attentes, et nous continuons avec eux sur la progression avec des simulations informatiques, des chambres témoins. Nous faisons du sur mesure avec eux.
Propos recuillis par Saveria Sargentini, journaliste
 
 

Avec le soutien du Groupe Pasteur Mutualité

 

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Juin 2019

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Les dernières actus

Les parlementaires veulent dissuader les médecins de faire carrière à l’hôpital

 
Les sénateurs ont introduit dans le projet de loi de santé un article, validé en Commission mixte paritaire Assemblée nationale / Sénat, qui impose aux praticiens hospitaliers démissionnaires et aux praticiens hospitaliers à temps partiel une clause leur interdisant d’exercer en secteur libéral s’ils rentrent en concurrence avec leur hôpital, avec des critères larges (rayon maximal de 10 km) dont l’appréciation relève du directeur de l’établissement. Les sanctions financières qui sont prévues en cas de non-respect de cette clause sont dissuasives.
 
Cette mesure est catastrophique pour l’attractivité des carrières médicales hospitalières, déjà largement mise à mal depuis de nombreuses années en raison de l’insuffisance des rémunérations et des conditions de travail qui ne cessent de se détériorer. Quel jeune praticien acceptera de s’engager dans le service public si cela conduit à lui mettre des chaînes et ne plus pouvoir repartir dans le secteur privé à moins de déménager ? Il est incroyable que le caractère dissuasif d’une telle mesure n’ait pas été perçu par les parlementaires et le gouvernement. Pire encore, cette mesure touche également les praticiens hospitaliers à temps partiel alors que jusqu’à présent, aucune disposition en ce sens n’a jamais existé. Tout cela conduira certainement à une vague de départ anticipé avant que les décrets d’application ne soient publiés.
 
Comment de telles dispositions ont pu être introduites dans ce projet de loi alors que le Président de la République et tous nos interlocuteurs au Ministère des solidarités et de la santé n’ont cessé de prôner l’exercice mixte public – privé ? Cette clause de non-concurrence, laissée à l’appréciation du directeur de l’établissement, rend l’exercice mixte particulièrement risqué voire impossible. Elle ne défend en rien l’hôpital public mais va décourager les praticiens de venir y travailler. Ils préféreront s’installer d’emblée dans le privé ou faire de l’intérim pour éviter de ne plus pouvoir exercer en libéral s’ils prennent un poste de praticien hospitalier titulaire ou contractuel.
 
Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins appellent les députés et le gouvernement à revenir à la raison en supprimant cet article délétère lors de la lecture du texte de la Commission mixte paritaire à l’Assemblée Nationale le 10 juillet prochain.
 

 

Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins remportent les élections professionnelles médicales hospitalières !

 
 
Les élections professionnelles qui se sont déroulées du 25 juin au 2 juillet 2019 pour les médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers ont permis à APH & JM de devenir la première force syndicale représentative chez les Praticiens Hospitaliers titulaires ainsi que chez les Praticiens non titulaires. De plus APH & JM font une entrée remarquée chez les Hospitalo-Universitaires en obtenant plus de 30 % des voix et un siège, qui sera occupée par la seule femme du collège HU du Conseil Supérieur des Professions Médicales, ceci pour leur première participation ! 
 
Nous remercions tous les collègues qui nous ont fait confiance en Métropole et Outre-Mer, et ont choisi les éléments forts de notre programme proposant un statut unique de Praticien Hospitalier avec quotité modulable, davantage de démocratie dans les nominations hospitalières, une remédicalisation de la gouvernance, et une meilleure représentation syndicale dans les Hôpitaux. Ces propositions phares sont issues des résultats de notre consultation via le site LeGrandDebatSante.fr, que nous avions promis de porter et que nous défendons depuis le début du cycle de négociations en cours avec le Ministère de la Santé et des Solidarités. 
 
Bien entendu, les négociations statutaires interrompues au prétexte de la période électorale en cours devront reprendre sans délai, pour parler des rémunérations, des conditions d’exercice, et notamment des garanties sur le respect du temps de travail de tous les praticiens hospitaliers.
 
La confiance que vous nous avez témoignée a été bien placée : nous vous le démontrerons encore plus fort, que ça soit au service du collectif, ou des situations individuelles de collègues en difficultés. APH & JM assumeront ces responsabilités avec fierté et détermination.
 
Contacts :
Jacques Trévidic, Président CPH, Président APH
Renaud Péquignot, Président AH, Vice-président APH
Emanuel Loeb, Président Jeunes Médecins
Marc Bétrémieux, Secrétaire général APH
Raphaël Briot, Trésorier APH
Nicole Smolski, Présidente d'honneur APH
 

CRISE DE L'HÔPITAL ? La vidéo de l'interview de F. Pierru, Docteur en sciences politiques

LIRE LA VIDÉO

Alors que plus de 140 services d’urgences sont en grève et que le mouvement déborde des urgences, APH-JM interroge le sociologue Frédéric Pierru sur les causes racines de l’implosion actuelle du service public hospitalier.

Le mouvement des urgences est le symptôme d’une crise plus générale.

On nous dit «vous êtes désorganisés ». Il répond «votre financement est insuffisant pour assurer vos missions » «le modèle de l’hôpital-entreprise a touché le fond ».
Une vidéo-choc pour arrêter la culpabilisation et réfléchir à un autre modèle, réflexion autour du livre « la casse du siècle »*.

 

LA CASSE DU SIÈCLE : EN SAVOIR PLUS

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